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Ne devient pas milliardaire qui veut, enfin surtout pour celle qui le voudrait. Selon le rapport de l'ONG britannique OXFAM, un nouveau milliardaire apparait tous les deux jours. Sur les 2 043 milliardaires recensés aujourd’hui dans le monde, neuf sur dix sont des hommes.

Les riches sont de plus en plus riches, mais les pauvres un peu moins pauvres ? Un constat aux allures de vraie fausse bonne nouvelle en tout cas du côté des femmes, car ce sont elles que l'on trouve toujours et encore au bas de l'échelle.

Pour le dénoncer, l’ONG britannique OXFAM sait manier l’art des chiffres et des comparaisons. Tout aussi choquantes les unes que les autres avec pour objectif celui de nous interpeller, nous et surtout ceux qui font partie de la minorité la plus riche de la planète, celle qui se retrouve cette semaine au sommet annuel mondial économique de Davos en Suisse.

Dans ce rapport intitulé "Récompenser le travail, pas la richesse", on apprend que 62 personnes (53 hommes, 8 femmes) sont aussi riches que la moitié des habitants de la planète, leur fortune a augmenté de 44% depuis 2010, celle des autres a chuté de 41%.

Ce boom incroyable équivaut à sept fois le montant qui permettrait de mettre fin à la pauvreté extrême dans le monde. 82 % des richesses créées dans le monde en 2017 ont bénéficié aux 1 % les plus riches, alors que la situation n'a pas évolué pour les 50 % les plus pauvres.

L’enquête publiée quelques jours avant la tenue du World Economic Forum (WEF), l’ONG nous explique qu’il ne faut que quatre jours au PDG de l’une des cinq premières marques mondiales de textile pour empocher ce qu’une ouvrière du secteur au Bangladesh mettra une vie entière à gagner.

« Les travailleuses et travailleurs pauvres s'échinent sur des tâches dangereuses et mal rémunérées pour alimenter l'extrême richesse d'une minorité. Les femmes occupent les postes les plus difficiles tandis que la quasi-totalité des grandes fortunes sont entre les mains d'hommes », peut-on lire.

La directrice exécutive d'Oxfam International, l’Ougandaise Winnie Byanyima s'est rendue cette semaine à Davos pour interpeller le ghota des plus riches de la planète, et pour leur dire que selon elle, « Le boom des milliardaires n'est pas le signe d'une économie prospère, mais un symptôme de l'échec du système économique ».

"On exploite les personnes qui fabriquent nos vêtements, qui assemblent nos téléphones portables et cultivent les aliments que nous mangeons, afin de garantir un approvisionnement constant en produits pas chers, mais aussi pour grossir les profits des entreprises et leurs riches investisseurs", a-t-elle aussi déclaré pour commenter les résultats de l'enquête menée par Oxfam.

En décembre 2017, en marge d'une conférence du FMI, la directrice lançait un appel, emprunt d'émotion et de colère, "Huit hommes, et pas une femme, détiennent à eux seuls autant de richesses que 8,6 milliards de personnes. Chaque soir une personne sur neuf s'endort la faim au ventre. Je suis en colère. Je ne peux pas accepter ces contradictions, que chacun se contente de dire il y a des vainqueurs et des perdants".
Les grandes marques de la confection mondiale pointées du doigt
Au Myanmar, où Oxfam œuvre auprès des jeunes ouvrières du textile qui confectionnent des vêtements pour les grands noms de la mode. Celles-ci sont rémunérées 4 dollars par jour, soit deux fois plus que le seuil d'extrême pauvreté. Pour cela, elles travaillent six ou sept jours par semaine, à raison de 11 heures par jour. Malgré tout ce temps passé au travail, elles peinent à répondre à leurs besoins élémentaires (nourriture, médicaments) et se retrouvent fréquemment endettées.

Pour le plus grand bénéfice des grandes marques. Comme le montre le dividende annuel versé par la société mère de la chaîne de magasins de vêtements Zara à Amancio Ortega (la quatrième plus grande fortune privée au monde), qui s'élève à environ 1,3 milliard d'euros. Même chose du côté de Stefan Persson, dont le père a fondé H&M, classé 43e rang du classement Forbes des personnes les plus riches du monde, il a récolté l’année dernière un dividende de 658 millions d’euros. 

Le rapport cite le cas d’Anju au Bangladesh. Rencontrée par OXFAM Australie, la jeune femme coud des vêtements destinés à l'exportation. Elle travaille jusqu'à 12 heures par jour, jusque tard dans la nuit. Il lui arrive souvent de sauter des repas par manque d'argent. Elle gagne un peu plus de 900 dollars par an. 

Autre témoignage, celui de Lan, couturière au Vietnam : « Lorsque je suis tombée enceinte, la direction m'a transférée dans l'entrepôt. Il y avait plein de boîtes de chaussures, que je devais étiqueter. Avec dedans de très belles chaussures idéales pour mon fils.J'aimerais les voir à ses pieds un jour, mais c'est impossible. Je sais qu'il en voudrait, je suis triste pour lui. Ce sont des chaussures vraiment belles. Mais mon salaire mensuel ne couvre même pas le prix d'une paire. »

Selon les experts consultés par l’ONG, « La revalorisation des salaires des 2,5 millions d'ouvrières et d'ouvriers de la confection vietnamien.ne.s à un niveau décent coûterait 2,2 milliards de dollars chaque année. Cela équivaut à un tiers des sommes versées aux actionnaires par les cinq plus grandes entrepises du secteur de la confection ».

"Dans le monde, les hommes possèdent davantage de terres, d'actions et d'autres actifs que les femmes" souligne le rapport Oxfam.

Le rapport pointe aussi les inégalités économiques  entre les femmes et les hommes, qui restent étroitement liées : « Alors que, dans la plupart des pays, l'écart salarial entre les femmes et les hommes a fait l'objet d'une plus grande attention, les écarts de richesses entre les femmes et les hommes sont généralement encore plus importants. Dans le monde, les hommes possèdent davantage de terres, d'actions et d'autres actifs que les femmes; à travail égal, les hommes gagnent davantage que les femmes, et les hommes sont plus nombreux dans les emplois plus prestigieux et mieux rémunérés. »

Des inégalités encore plus frappantes quand il s'agit de travail temporaire ou précaire, la norme dans bien des pays en développement, phénomène qui s'intensifie dans les nations riches. Les employé.e.s temporaires ont des salaires plus bas, moins de droits et bénéficient d'un accès réduit à la protection sociale. Ces emplois sont le plus souvent occupés par des femmes et des jeunes.

D'après l'OIT, plus de 2,78 millions de travailleuses et de travailleurs meurent chaque année des suites d'un accident du travail ou de maladies professionnelles, soit 1 personne toutes les 11 secondes.

Partout dans le monde, les femmes au travail sont souvent victimes de graves blessures, mettent en péril leur santé ou sont exposées à des violences sexuelles sur leur lieu de travail, nous dit aussi le rapport. « Le personnel hôtelier interrogé par Oxfam en République dominicaine, au Canada et en Thaïlande a signalé des cas réguliers d'agressions ou de harcèlement sexuels perpétrés par des clients masculins. Il est également sujet à des problèmes de santé liés à la manipulation de substances chimiques contenues dans les produits de nettoyage. »

"Le harcèlement sexuel est monnaie courante dans ce type de travail. Au moins 90 % des employées sont harcelées par des clients ou par les propriétaires. La justice est du côté des entreprises", relève le rapport Oxfam.

Les enquêteurs d’OXFAM rapportent ce témoignage, celui de Myint, femme de ménage immigrée. Elle travaille dans un hôtel en Thaïlande, victime de harcèlement sexuel par des clients, ses patrons l’incitent à accepter la situation au risque de perdre son emploi.
"Pause pipi" interdite
Autre exemple de violence subie au travail par les femmes, « Au Bangladesh, de nombreuses jeunes femmes travaillant dans des usines de confection souffrent d'infections urinaires à répétition parce qu'elles ne sont pas autorisées à se rendre aux toilettes. »
Une enquête menée aux Etats-Unis en 2016 par Oxfam auprès du personnel travaillant dans la transformation des volailles aux États-Unis avait déjà révélé qu'une partie de la main-d'oeuvre portait des couches, pour pallier à l'interdiction de "pause pipi".

Dolores, ancienne employée dans une usine de transformation de volailles dans l'Arkansas, témoigne aujourd'hui : « C'était totalement dévalorisant. Nous arrivions à 5 heures du matin et travaillions jusqu'à 11 ou 12 heures sans aller aux toilettes. J'avais honte de leur dire que je devais changer ma couche ».

Pour Oxfam, les ouvrières se retrouvent "tout en bas de la pyramide". « Dans le monde entier, les femmes gagnent moins que les hommes et elles sont sur-représentées dans les emplois les moins bien payés et les plus précaires », constate Winnie Byanyima .

« 9 milliardaires sur 10 sont des hommes. Les femmes ont fourni 10 billions (mille milliards) de dollars en soins non rémunérés tandis que les fortunes des milliardaires ont augmenté de 762 milliards de dollars l'an dernier. 1% possède plus de richesse que tout le reste de l'humanité » , pointe cette internaute.

Sur cette question des soins non rémunérés, nous avons joint Erik Van Mele, chargé de plaidoyer politique sur les inégalités chez Oxfam Belgique. Il estime que « Nous, les hommes, devrions partager à part égale ces tâches, cela rééquilibrerait la répartition du travail non rémunéré. Ce sont 10 mille milliards de dollars de soins, en quasi totalité effectués par les femmes, pour les enfants ou les personnes âgées, non rétribués qui ne sont pas comptabilisés dans le produit intérieur brut des pays. Ce n'est pas valorisé !  »

L'ONG lance un appel aux dirigeants réunis à Davos pour que « l'économie fonctionne pour tous et pas uniquement pour une riche minorité ». Elle préconise la limitation des dividendes pour les actionnaires et les dirigeants d'entreprises, la fin de "la brèche salariale" entre hommes et femmes, ainsi que la lutte contre l'évasion fiscale.

Ce sondage a été réalisé pour Oxfam auprès de 70.000 personnes représentatives d'un quart de la population mondiale, dans dix pays : en Inde, au Nigeria, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Mexique, en Afrique du Sud, en Espagne, au Maroc, aux Pays-Bas et au Danemark.

Source : information tv5 monde

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