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Des immigrants venus d'Amérique centrale emmenés en centre de rétention par la police des frontières américaine, au Texas, le 4 janvier 2017. Photo John Moore. AFP
Depuis deux mois, l'administration Trump envoie systématiquement les immigrés illégaux en prison, et les mineurs en centre de rétention. Une application stricte de la loi américaine qui scandalise et déplaît jusque dans le camp républicain.

  Les enfants migrants séparés de leurs parents choquent l'Amérique
Saint Paul, qui selon la légende avait dû fuir avec ses parents les violences de l’armée romaine, a dû se retourner dans sa tombe. Jeff Sessions, ministre de la Justice américain, l’a appelé à la rescousse pour justifier la décision de séparer les enfants de leurs parents arrêtés à la frontière : «Je pourrais vous renvoyer à l’apôtre Paul et à son commandement clair et sage […] qu’il faut obéir aux lois du gouvernement car Dieu les a décrétées afin d’assurer l’ordre.» Avant d’assurer : «Entrer illégalement aux Etats-Unis est un délit. […] Et avoir des enfants ne vous protège pas.» Depuis, on peut voir à la télévision des débats surréalistes où, Bible en main, les invités se demandent si c’est chrétien de parquer des enfants, parfois âgés de 2 ans, dans des centres de rétention surpeuplés.

Chaque mois, plusieurs milliers de personnes tentent de pénétrer aux Etats-Unis par la frontière avec le Mexique, protégée par des clôtures et des obstacles naturels. Nombre d'entre eux fuient la violence qui ravage les pays d’Amérique centrale. D’après une loi déjà en vigueur sous l’administration Obama, ceux qui se font arrêter sont envoyés en prison dans l’attente de poursuites criminelles. Mais les autorités précédentes faisaient des exceptions pour ceux qui étaient accompagnés de mineurs, les relâchant avec une citation à comparaître. Une pratique qui, selon des membres de l’administration Trump, encourageait les migrants à émigrer en famille aux Etats-Unis.

1 995 mineurs séparés en six semaines
L’application de la loi est devenue systématique après que, le 7 mai, Jeff Sessions a déclaré que «le département de la Justice des Etats-Unis allait poursuivre chaque personne qui traverse la frontière du sud-ouest illégalement». «Si vous ne voulez pas que votre enfant soit séparé de vous, alors ne l'emmenez pas», avait prévenu le ministre. Depuis, les parents sont envoyés en prison et les mineurs, qui ne peuvent pas être emprisonnés, en centre de rétention. Selon des chiffres donnés en mai par Kirstjen Nielsen, secrétaire à la sécurité intérieure, le nombre de familles arrêtées à la frontière a bondi de 600 % par rapport au printemps précédent. Et rien qu’en six semaines, entre le 19 avril et le 31 mai, 1 995 mineurs ont été séparés des adultes avec lesquels ils voyageaient.

Depuis plusieurs jours, l’histoire d’un bébé encore nourri au sein séparé de sa mère, ou d’enfants soustraits à leurs parents sous prétexte de les envoyer à la douche, bouleverse l’Amérique. Les autorités nient que ces pratiques existent, et affirment «afficher parmi les plus hautes normes de détention du monde pour les mineurs».

Un centre de rétention dans un ancien supermarché
D’après le New York Times, «des milliers d’enfants ont été retirés à leurs parents à la frontière depuis l’an dernier [...], y compris une centaine de moins de 4 ans». En tout, environ 11 000 enfants, arrivés seuls ou non, se trouvent désormais répartis dans une centaine de centres de rétention des Etats-Unis. Le plus grand, qui compte 1 500 garçons de 10 à 17 ans, est installé dans un ancien supermarché Walmart au Texas, les rayons transformés en dortoirs, les parkings en terrains de sport et les quais de chargement en salle de cinéma. Débordé, le département d’Etat à la santé a annoncé, jeudi 14 juin, l’installation d’un village de tentes pour 360 jeunes dans la ville frontière de Tornillo. Un centre temporaire de rétention avait été également érigé en 2016 au Texas, sous la présidence Obama. Mais il servait à loger des familles de migrants.

Faisant semblant de croire que la loi oblige à séparer les familles, Donald Trump, qui avait promis la «tolérance zéro» sur l’immigration durant sa campagne, a déclaré vendredi : «C’est horrible de devoir prendre les enfants. Les démocrates doivent changer leur loi.» Ajoutant un peu plus tard dans un tweet : «Les démocrates forcent la séparation des familles à la frontière avec leur agenda législatif horrible et cruel.» Le président américain, qui avait fait de la lutte contre l’immigration clandestine le point fort de sa campagne électorale, compte sur le scandale pour faire voter sa réforme de l’immigration, toujours en discussion au Congrès.

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En mai, une polémique avait déjà éclaté après qu’un haut responsable avait révélé devant le Sénat américain que sur 7 635 mineurs arrivés seuls à la frontière et placés en foyers d’accueil, les services d’immigration avaient perdu la trace de 1 475 enfants.

Des pédiatres s’inquiètent des traumatismes vécus par les petits privés de leurs parents. Face à la position ultradure du gouvernement, de plus en plus d’élus républicains énoncent publiquement leur malaise. Ce à quoi la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a rétorqué en déclarant qu’il est «très biblique de faire respecter la loi».

Laurence Defranoux - liberation.fr

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