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Etudier à Dakar (4/5). L’établissement formera policiers, militaires et civils à la lutte contre le terrorisme, le piratage informatique et la criminalité dans l’espace numérique.

Les ministres français et sénégalais des affaires étrangères ont inauguré, mardi 6 novembre à Dakar, une école de cybersécurité à vocation régionale. « Aucun pays ne peut se prémunir à lui seul des cyberattaques », a déclaré le chef de la diplomatie sénégalaise, Sidiki Kaba, à l’occasion du cinquième Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.

Présenté lors de l’édition précédente du forum, le projet a été conçu pour développer les compétences des pays africains en matière de lutte contre la cybercriminalité et le cyberterrorisme, mais pas seulement. « Cette école n’est pas qu’un projet de défense mais répondra aussi aux besoins de régulation économique dans l’espace numérique », confiait lors de l’annonce de sa création, en novembre 2017, une source haut placée au sein de la Direction de la coopération de sécurité et de défense, organe du Quai d’Orsay qui pilote ce projet : « L’Afrique est en train d’effectuer des sauts technologiques plus rapides que l’Europe sans avoir tous les systèmes de protection nécessaires. Cet établissement permettra aux élites africaines de pallier leurs vulnérabilités informatiques. »

L’une des « priorités du futur »
Impulsée par la France mais portée par le Sénégal, l’idée de ce centre de formation est d’abord une volonté de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, qui voit dans la cybersécurité l’une des « priorités du futur » sur le continent.

« Les phénomènes d’usage d’Internet pour le financement du terrorisme et la diffusion de discours extrémistes encourageant à la radicalisation constituent des menaces pour la stabilité de ces Etats, a expliqué dans un communiqué le ministère français des affaires étrangères. Extorquer de l’argent ou détourner des systèmes de transfert constitue également un défi à la sécurité. En outre, le cyberespace ne connaissant pas de frontière, cette criminalité peut potentiellement affecter les Etats au-delà du continent africain. »

Provisoirement installé à Dakar, au sein des locaux de l’Ecole nationale d’administration (ENA), ce centre de formation disposera bientôt de son propre bâtiment dans la ville nouvelle de Diamniadio, située à une trentaine de kilomètres à l’est de la capitale. Il fera partie du réseau des Ecoles nationales à vocation régionale (ENVR), ces établissements de formation sécuritaire issus de partenariats entre la France et des Etats africains. Il en existe aujourd’hui seize dans dix pays, couvrant des domaines tels que le déminage, le maintien de l’ordre, la sécurité maritime et la protection civile. Deux ENVR ont été créées au Sénégal, l’une pour la formation de l’infanterie, à Thiès, et l’autre pour les officiers de gendarmerie, à Ouakam. Comme pour les autres établissements du réseau, l’école de cybersécurité devra respecter la règle suivante : 30 % d’étudiants nationaux et 70 % en provenance d’autres pays africains.

Si l’école s’adresse en priorité aux policiers et aux militaires, il est prévu qu’elle accepte aussi des civils et forme des jeunes à destination des entreprises. Ses cursus couvriront aussi bien la lutte contre le piratage informatique ou la surveillance d’Internet et des réseaux sociaux que la mise en place de cyberpatrouilleurs et de réseaux étatiques sécurisés.

Succès de la division spéciale
Plusieurs raisons expliquent le choix du Sénégal comme pays d’accueil. « Les Sénégalais possèdent des capacités numériques avancées et nous coopérons activement avec eux dans ce domaine, avance Jay Dharmadhikari, conseiller de Jean-Yves Le Drian. En outre, Dakar organise chaque année les Security Days [sur la sécurité numérique en Afrique] avec des entreprises françaises et le pays a adhéré à la convention de Budapest sur la cybercriminalité en 2016. »

La création de cette ENVR apparaît comme la suite logique des succès de la division spéciale de cybersécurité. Mise sur pied en six mois et opérationnelle depuis juillet 2017, cette structure, qui dépend de la direction de la police judiciaire sénégalaise, a déjà plusieurs faits d’armes. Elle a par exemple permis l’arrestation d’une quarantaine de hackeurs qui s’étaient introduits dans le système informatique de grandes entreprises sénégalaises pour détourner des sommes évaluées à plus de 100 000 euros. La France avait participé à la création de cette unité en fournissant 80 000 euros de matériel et en mettant à disposition un expert technique.

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« Internet ne peut pas être une zone de non-droit qui échappe au contrôle de nos sociétés », a souligné Jean-Yves Le Drian, estimant que l’école « permettra de renforcer les capacités des Etats africains à exercer leur souveraineté sur le cyberespace ».

Des pays comme le Tchad, le Cameroun, la République démocratique du Congo (RDC), le Mali, le Gabon et le Niger sont régulièrement épinglés pour des coupures d’Internet et la censure sur les réseaux sociaux, en particulier lors des périodes électorales ou des manifestations d’envergure. N’y a-t-il pas un risque de voir ces enseignements et ces outils de cybersécurité détournés de leur usage afin d’augmenter la surveillance électronique et de limiter la liberté d’expression des populations du continent ? La question reste en suspens.

lemonde.fr

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