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Un mois après son audition par le Congrès américain, le dirigeant de Facebook a été auditionné au Parlement européen.

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, et Mark Zuckerberg
« Vous n’êtes pas devant le Congrès américain. Vous êtes en Europe. Et nous avons des attentes. » Joignant le geste à la parole, l’eurodéputé Claude Moraes a montré avec sa main à Mark Zuckerberg qu’en matière de régulation les Etats-Unis étaient « là » et l’Europe « ici », soit bien plus haut. La sortie du Britannique travailliste, président de la commission des libertés civiles, visait à résumer le ton résolument offensif de l’audition du patron de Facebook devant les présidents de groupe du Parlement européen, mardi 22 mai.

Les parlementaires du Vieux Continent se sont efforcés à montrer qu’ils étaient aussi combatifs, ou plus, que leurs homologues américains, qui avaient passé au gril M. Zuckerberg il y a un mois, après la révélation de l’utilisation indue de millions de profils Facebook à des fins politiques par le prestataire Cambridge Analytica.

« Cela fait une quinzaine de fois – et déjà trois fois depuis le début de l’année que vous vous excusez », a ainsi lancé Guy Verhofstadt, le chef des libéraux (groupe ALDE), au patron de Facebook, qui avait fait une nouvelle fois amende honorable en préambule. Il a fait un parallèle avec le cas des « banques en 2006, 2007 et 2008 », avant la crise et le vote de « régulations ».

« Scinder Facebook et Messenger et WhatsApp »
Protection des données. Concrètement, les eurodéputés ont demandé des comptes sur l’application du nouveau règlement général européen sur les données, le RGPD. M. Zuckerberg a répondu, évoquant la possibilité pour l’internaute d’effacer son historique sur Facebook.

« Nous embrassons les principes du RGPD – contrôle, transparence et responsabilité. Et l’appliquerons partout dès son entrée en vigueur, ce vendredi 25 mai. »
Mais cela n’a pas empêché Gabi Zimmer, présidente du groupe de la gauche radicale (GUE), d’estimer que le RGPD « ne s’appliquera pas au 1,5 milliard de personnes hors d’Europe ». En effet, plusieurs points d’application font encore débat : refuser l’utilisation de ses données donne-t-il quand même le droit d’utiliser Facebook sans publicité ciblée ? Comment gérer le problème des « profils fantômes » constitués de données sur les internautes qui n’utilisent pas Facebook – question éludée par M. Zuckerberg. Quels sont les recours légaux ? Ces questions seront abordées dans une future audition d’un « cadre de Facebook » devant la commission des libertés civiles.

Concurrence. Les élus ont aussi attaqué sur l’angle de la concurrence : « Il faut mettre fin au monopole de Facebook », a assuré l’eurodéputé Manfred Weber, mettant Mark Zuckerberg au défi de citer un concurrent de son entreprise. « Si on vous proposait de scinder Facebook et Messenger et WhatsApp, en échange de garder Instagram, ce serait un bon deal pour vous ? », a demandé M. Verhofstadt, étendant la question à ces autres services qui sont des filiales de Facebook. La question du « croisement » des données publicitaires entre ces entités a aussi été soulevée. Ces appels au « démantèlement », également entendus aux Etats-Unis, convoquent le souvenir des mesures prises par l’Europe contre Microsoft. En réponse, M. Zuckerberg a assuré qu’un internaute utilisait en moyenne « huit applications » et que Facebook ne pesait « que » 6 % du marché publicitaire mondial, omettant qu’il en capte, avec Google, la quasi-totalité de la croissance.

Modération. Mark Zuckerberg fut aussi interrogé sur l’épineuse question de la modération : comment Facebook peut-il laisser proliférer sur sa plate-forme des contenus violents, des incitations à la haine, etc. ? Le patron de Facebook a brandi l’un de ses arguments phares depuis quelques mois : l’intelligence artificielle qui, dit-il, va accélérer et améliorer la détection des contenus illicites. Une réponse relativement hasardeuse : si l’IA a fait ses preuves pour repérer, notamment, des images de propagande djihadiste, elle est encore très loin d’être capable de détecter correctement des messages de haine écrits, par exemple.

Neutralité politique. Si Facebook s’est souvent vu reprocher son laxisme dans la modération des contenus, l’eurodéputé français d’extrême droite Nicolas Bay, a, quant à lui, dénoncé la fermeture, par Facebook, de comptes appartenant au groupuscule Génération identitaire, dénonçant « une dérive inquiétante de nature totalitaire ». Nigel Farage, eurodéputé britannique également classé à l’extrême droite, a même affirmé que son audience sur Facebook avait baissé de 25 % après des changements d’algorithme effectués après l’élection de Donald Trump. « Qui décide ce qui est acceptable ou pas ? Pourquoi pas plus de transparence dans ce processus ? Acceptez-vous de dire que Facebook n’est plus une plate-forme impartiale ? » Mark Zuckerberg a répété, comme il l’avait fait face au Congrès américain, que Facebook était « une plateforme pour toutes les idées ».

Echappatoire
Un format d’audience contesté. Le patron de Facebook a toutefois pu esquiver certaines questions, comme lors de ses auditions au Congrès. Il faut dire que le format très concis de l’audience a offert une belle échappatoire au PDG. Celle-ci a duré une heure et demie, essentiellement occupée par les questions des eurodéputés – Mark Zuckerberg y a répondu d’un bloc, à la fin, durant une petite demi-heure.

La fin de l’audience s’est d’ailleurs déroulée dans un léger chahut, certains eurodéputés estimant que Mark Zuckerberg n’avait pas apporté de réponse à leurs questions. « Il a un vol », a justifié le président du Parlement pour clore la séance, avant de souligner que le PDG s’était engagé à apporter des réponses écrites dans les jours à venir. Il a également rappelé que Mark Zuckerberg, alors qu’il devait initialement échanger à huis clos avec les eurodéputés, avait, finalement, consenti à ce que cette audience soit publique et diffusée en direct.

Menace de régulation. L’exercice a donc été facilité pour Mark Zuckerberg, mais au risque de laisser certains eurodéputés sur leur faim. Dans ces conditions, pas sûr que cette audition ait su apaiser la colère des représentants, alors que la menace de futures réglementations n’a cessé de planer sur cette audience. « Nous avons obtenu les excuses de Zuckerberg », s’est félicité Antonio Tajani, mais « elles ne suffisent pas », a-t-il tenu à préciser. « Il faut des engagements clairs, nous veillerons à ce que les garanties qu’il nous a données soient suivies dans la pratique. »

La venue de Mark Zuckerberg à Bruxelles, puis à Paris, où il devait rencontrer, mercredi, le président Emmanuel Macron en compagnie d’autres chefs d’entreprise technologique est une occasion de voir ce que l’Union européenne peut faire sur les thèmes qu’elle met en avant : concurrence, fiscalité, contrôle des contenus illicites, protection de la vie privée, lutte contre les fausses informations…

 lemonde.fr

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