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L’aile droite de la coalition gouvernementale accorde quinze jours à la chancelière allemande pour négocier une solution européenne au défi migratoire.

C’est une situation ubuesque qui se joue lundi 18 juin entre Berlin et Munich. En début d’après-midi, l’aile droite de la coalition gouvernementale allemande, réunie à Munich, a fixé un ultimatum de deux semaines à Angela Merkel pour négocier une solution européenne au défi migratoire.
Faute d’accord européen, le président de l’Union chrétienne-démocrate (CSU) et ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, menace de fermer les frontières de l’Allemagne, au risque de provoquer une crise nationale et en Europe.

A Berlin, Angela Merkel a répondu que « le ministre de l’intérieur et la chancelière [devaient] pouvoir continuer à se parler ». Elle a assuré qu’il n’y aurait aucune fermeture « automatique » de l’Allemagne aux demandeurs d’asile, même en cas d’échec au niveau européen.

« Un défi européen »

Le parti bavarois souhaite refouler à la frontière tous les migrants qui ont déjà été enregistrés dans un autre pays de l’Union européenne, le plus souvent l’Italie ou la Grèce. Cela correspondrait à la quasi-totalité des demandeurs d’asile arrivant en Allemagne.

La chancelière centriste s’y oppose, redoutant que procéder tel un cavalier seul ne crée le chaos et n’obère toute chance d’une solution européenne négociée et d’un système d’asile partagé. « Il s’agit d’un défi européen qui nécessite une réponse européenne », a-t-elle dit ce week-end, prévenant que la « cohésion de l’Europe » était en jeu.

Mais la CSU, qui se prépare à de difficiles élections régionales en Bavière en octobre, perd patience. Elle accuse la chancelière et son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), avec lequel elle est alliée depuis 1949, de laxisme.

Une popularité qui chute
En Allemagne, l’arrivée de plus de un million de demandeurs d’asile en 2015 et en 2016 a provoqué une onde de choc politique persistante. L’Union européenne n’est pas en reste, ses membres ne parvenant pas à s’accorder sur des solutions pérennes pour organiser l’accueil de migrants et protéger les frontières. Cette crise migratoire a aussi contribué à l’essor de l’extrême droite un peu partout en Europe. En Italie et en Autriche, elle est entrée au gouvernement, et en Allemagne, son succès aux législatives a entraîné les actuels déchirements sans précédent au sein du camp conservateur de la chancelière.

La partie s’annonce compliquée, car ce qu’exige l’aile droite d’Angela Merkel est précisément ce dont ne veut pas l’Italie, pays d’arrivée de migrants, qui réclame leur répartition en Europe. La chancelière reçoit justement lundi soir son homologue italien, Giuseppe Conte, dont le pays refuse désormais l’accès à ses ports aux navires d’ONG secourant des migrants en Méditerranée. Rome a illustré sa fermeté en barrant la route à l’Aquarius et à ses 630 naufragés, provoquant des tensions européennes jusqu’à l’accueil du navire et de ses passagers par l’Espagne.

Mardi, la chancelière doit recevoir le président de la République français, Emmanuel Macron, et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Une réunion spéciale des principaux dirigeants européens pourrait avoir lieu sur le sujet avant le sommet de l’Union européenne des 28 et 29 juin.

La pression est d’autant plus forte pour Angela Merkel que sa popularité en Allemagne chute, tandis que l’extrême droite progresse dans les sondages. Le mécontentement croissant de l’opinion est exacerbé par des faits divers, en particulier le viol et l’assassinat récents d’une adolescente par un jeune demandeur d’asile irakien débouté arrivé en 2015. Par ailleurs, lundi s’ouvre le procès d’un jeune réfugié afghan accusé d’avoir mortellement poignardé son ancienne petite amie de 15 ans dans un supermarché.

Le Monde avec AFP

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