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Au Burkina Faso, un sentiment anti-français diffus

Confronté à une crise djihadiste croissante, le pays sahélien doit faire appel à l’aide de Paris alors que son opinion publique dénonce une présence militaire étrangère.

Dans le cadre d’une tournée au Sahel, la ministre française des armées, Florence Parly, a atterri, lundi 4 novembre après-midi, au Burkina Faso, pays fragilisé par les attaques djihadistes et où la question de la présence militaire française fait débat.

Cette visite intervient près d’un an après la signature d’un « accord intergouvernemental de défense » pour renforcer la coopération entre la France et le Burkina et alors que la force française « Barkhane » multiplie les opérations dans le pays, plongé dans une grave crise sécuritaire. Les attaques terroristes ont tué plus de 600 personnes depuis 2015 et provoqué le déplacement forcé d’un demi-million de civils.

A la demande des autorités burkinabées, « Barkhane » a dû intervenir à deux reprises en septembre au nord du pays pour suppléer des forces de sécurité locales sous-équipées, mal formées, démoralisées et désorganisées. « Environ 80 soldats français » et deux hélicoptères britanniques ont ainsi été envoyés du 13 au 16 pour sécuriser la ville de Djibo, qui menaçait de subir « une attaque d’envergure ». Selon un haut gradé de la police, cette montée en puissance de la force française au Burkina Faso est un « mal nécessaire ». « On aimerait s’en passer, mais on n’y arrivera pas tout seul, on a besoin d’aide c’est clair, même si la hiérarchie ne veut pas l’assumer officiellement », ajoute-t-il.

« Syndrome de l’ancienne puissance coloniale »
L’opinion publique vient rappeler régulièrement aux autorités que les interventions françaises ne sont pas nécessairement les bienvenues. « Armée française, hors du Burkina et d’Afrique ! » Le slogan a le mérite d’être clair. Le 12 octobre, plusieurs centaines de manifestants s’étaient rassemblées devant la Bourse du travail de Ouagadougou pour dénoncer le « terrorisme et la présence de bases militaires étrangères » sur le continent. Menace djihadiste, trafic d’armes, pauvreté, « pillage » des ressources naturelles… La faute à « la Françafrique ! », clamaient les manifestants qui soupçonnent la France de vouloir établir « une nouvelle base militaire à Djibo ».

Paris et Ouagadougou ont démenti cette rumeur tenace. « On a reçu beaucoup d’appels et de questions à ce sujet, certains de nos auditeurs restent convaincus qu’une base française est en construction, rapporte Hyacinthe Sanou, le directeur des rédactions de la Radio Omega, la France déchaîne toujours autant les passions, on la soupçonne de tout et son contraire, c’est le syndrome de l’ancienne puissance coloniale. » Tantôt admirée, tantôt détestée, elle ne cesse d’alimenter les fantasmes. « Il y a une posture paradoxale, analyse Cyriaque Paré, journaliste et docteur en sciences de l’information et de la communication, certains Burkinabés aiment critiquer la présence française tout en exigeant plus de ses forces militaires. »


Les contempteurs du « néocolonialisme français » se nourrissent aux sources révolutionnaires et anti-impérialistes de l’ancien président Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987. Mais, avant lui, le père de l’indépendance burkinabée, Maurice Yaméogo, avait refusé de signer un « accord de défense » avec la France en 1961, entraînant le démantèlement de la base militaire française de Bobo-Dioulasso, à l’ouest du pays, l’une des plus importantes de la région à l’époque.

« Le petit plus »
Souci d’indépendance, héritage sankariste remis au goût du jour depuis la chute de Blaise Compaoré à la suite d’une insurrection population en 2014, le gouvernement actuel a toujours été réticent à demander de l’aide à la France. « Il est tiraillé entre la mémoire et les idées de Sankara, dont il se réclame, et la réalité du terrain et de son armée qui manque de moyens. Il se voit obligé de faire de la realpolitik », observe un politologue et ancien diplomate burkinabé.

En décembre 2018, la France et le Burkina Faso ont signé un « accord intergouvernemental de défense » pour renforcer la coopération militaire entre les deux pays. A la demande de Ouagadougou, « Barkhane » opère depuis le Niger et le Mali voisins, au « coup par coup », souvent dans l’urgence. « Les autorités burkinabées sont acculées, sans capacité de réaction et nous appellent à l’aide tout en nous demandant de rester discrets », confie une source sécuritaire à Paris. Pourtant, la situation ne cesse de s’aggraver. « Cette guerre ne peut pas se mener tout seul aujourd’hui, elle a besoin de synergie avec les pays de la sous-région et les autres forces. […] Certaines opérations françaises nous apportent le petit plus, la puissance de feu qu’on peut ne pas avoir », concède Rémis Fulgance Dandjinou, le ministre de la communication burkinabé.

Sophie Douce (Ouagadougou, correspondance) - Monde

Mali : une attaque terroriste contre des militaires fait 54 morts

C’est un véritable carnage et le bilan n’est pour l’instant que provisoire. L’armée malienne a essuyé vendredi une de ses plus grosses pertes depuis plusieurs années avec la mort de 53 soldats et d’un civil dans une « attaque terroriste » contre un camp militaire à Indelimane, près de la frontière avec le Niger. Le ministre malien de la Communication, Yaya Sangaré, a également fait état de « dix rescapés » et de « dégâts matériels importants ».

Une attaque pour le moment non revendiquée
Le gouvernement malien a pour sa part fait savoir vendredi soir qu’il « condamnait » cette « attaque terroriste qui a fait des morts, de nombreux blessés et des dégâts matériels du côté des Forces nationales de défense et de sécurité ». « Des renforts ont été dépêchés pour sécuriser la zone et traquer les assaillants », a ajouté le gouvernement, sans donner de précisions sur ces derniers. L’attaque n’a pour l’instant pas été revendiquée.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l’armée face à la rébellion à dominante touareg, d’abord alliée à ces groupes, qui l’ont ensuite évincée. Les djihadistes en ont été en grande partie chassés ou dispersés à la suite du lancement en janvier 2013, à l’initiative de la France, d’une intervention militaire, qui se poursuit toujours. Cependant les violences djihadistes ont non seulement persisté, mais se sont propagées du nord vers le centre du Mali, puis au Burkina Faso et au Niger voisins, se mêlant souvent à des conflits intercommunautaires ayant fait des centaines de morts.

20minutes
Le Front populaire ivoirien, le parti fondé par Laurent Gbagbo, a protesté mercredi 30 octobre contre « la honteuse immixtion » du gouvernement ivoirien dans la procédure à la Cour pénale internationale (CPI) contre l'ancien président, dénonçant une « cabale ».

L’État de Côte d’Ivoire a déposé le 25 octobre une demande auprès de la CPI pour s’opposer à la libération sans condition de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, acquitté en première instance, mais en liberté surveillée en Belgique en raison d’un appel de la procureure Fatou Bensouda.

Il s’agit là d’«une honteuse immixtion du gouvernement ivoirien dans la procédure », a déclaré Assoa Adou, secrétaire général du FPI, au nom de son parti et de la coalition d’opposition « Ensemble pour la démocratie et la souveraineté » (EDS).

« Une cabale pour écarter un adversaire »
« Par ces agissements, le RDR (ancien nom du parti au pouvoir) et (le président ivoirien) Alassane Ouattara viennent de faire tomber le masque derrière lequel ils n’ont eu cesse de manipuler la procureure ». « Le procès n’est rien d’autre qu’une cabale politique pour écarter un adversaire », à un an de la prochaine élection présidentielle, a-t-il assuré au cours d’une conférence de presse. Interrogé à sa sortie du conseil des ministres mercredi, le porte-parole du gouvernement, Sidi Touré, a décliné tout commentaire.

"Ils veulent l'empêcher de rentrer"
Par ailleurs, Assoa Adou a affirmé que la justice ivoirienne a confirmé en appel mardi la condamnation à 20 ans de prison de Laurent Gbagbo. En janvier 2018, l’ex-président avait été condamné, ainsi que trois coaccusés, à 20 ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise post-électorale de 2010-11.

« Ils veulent l’empêcher de rentrer au pays. Peu importe, quand il sera libéré par la CPI, il rentrera. S’ils veulent l’arrêter, ils l’arrêteront. On verra bien ce qui se passera », a commenté à l’issue de la conférence de presse un proche de Laurent Gbagbo. Dans l’attente de la décision de la CPI après l’appel de la procureure, l’ancien président réside à Bruxelles. Laurent Gbagbo et Charles Ble Goudé, ont été jugés pour crimes contre l’humanité commis en 2010 et 2011 au cours des violences post-électorales, avant d’être acquittés et libérés sous conditions. Son éventuel retour en Côte d’Ivoire avant la présidentielle de 2020 est devenu un serpent de mer.

jeuneafrique

Environ 100 000 Nigérians vivent dans la première puissance du continent. Les actes xénophobes ont fait 12 morts en une semaine à Johannesburg.

Après une semaine « d’anarchie » et de violences xénophobes en Afrique du Sud qui ont fait déjà douze morts, le Nigeria va rapatrier quelque 600 de ses ressortissants. Un geste hautement politique dans un contexte de tensions entre les deux grandes puissances du continent.

Après trois jours d’accalmie, de nouvelles violences ont éclaté, dimanche 8 septembre, dans plusieurs quartiers de Johannesburg. La police a été contrainte de tirer des balles en caoutchouc et des grenades paralysantes pour disperser une foule de plusieurs centaines de manifestants armés de bâtons, qui ont détruit des magasins en exigeant « le départ des étrangers ». Au moins deux personnes ont été tuées, a annoncé un porte-parole de la police de la ville, Xolani Fihla, portant le bilan à douze morts.

Bien que les victimes soient majoritairement des nationaux, les attaques, les pillages de commerces et les bastonnades sont, eux, dirigés contre les étrangers établis dans la première puissance industrielle du continent. La police a effectué plus de 600 arrestations et les dégâts sont considérables, particulièrement dans les townships et le centre-ville de Johannesburg, où les magasins étaient restés fermés lundi.

« Rentrer à la maison »
Dans sa troisième intervention en moins d’une semaine, le chef de l’Etat sud-africain, Cyril Ramaphosa, a assuré lundi que son « gouvernement ne laisserait pas l’anarchie et la violence » s’installer en Afrique du Sud. Il a également rappelé que « la majorité des étrangers respectent la loi et ont le droit de vivre (…) en paix ».

La semaine dernière, de nombreux pays africains avaient vivement réagi face à la violence des images qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux, et le Nigeria, qui rivalise depuis des années avec l’Afrique du Sud pour la place de première puissance économique du continent, a pris la tête du mouvement.


Lundi, la présidence nigériane a « donné les instructions nécessaires pour l’évacuation immédiate de tous les Nigérians qui souhaitent rentrer à la maison ». Le consulat nigérian à Johannesburg a déclaré à l’AFP que 600 personnes environ, sur « plus de 100 000 Nigérians » vivant actuellement en Afrique du Sud, s’étaient manifestées et devaient être rapatriées à partir de mercredi.

L’émissaire spécial envoyé la semaine dernière à Pretoria pour rencontrer le président Ramaphosa est rentré à Abuja ce week-end et en a rendu compte au chef de l’Etat, Muhammadu Buhari lundi.

« Le président Ramaphosa reconnaît que cette vague de violence est déconcertante et gênante, a fait savoir la présidence lundi. Elle abîme non seulement l’image du pays, mais aussi ses relations avec ses frères, les pays africains. » Les deux présidents doivent se rencontrer en Afrique du Sud en octobre, lors d’une visite prévue depuis plusieurs semaines.

« Monopole de la bêtise »
Depuis une semaine, au Nigeria, chaque célébrité, petite ou grande, et chaque homme politique réagit, tantôt pour annuler concerts et festivals de cinéma, tantôt pour « déclarer la guerre totale » à l’Afrique du Sud.

Le président du parti au pouvoir, Adams Oshiomhole, est allé jusqu’à demander au gouvernement fédéral nigérian de « saisir » et de nationaliser la compagnie sud-africaine MTN, au moment où le géant des télécoms fermait ses antennes à travers le pays pour protéger ses agents et ses clients des attaques contre l’enseigne.

Dans de nombreux points de contrôle de police ou de l’armée traversés par des journalistes de l’AFP ces derniers jours, les agents de sécurité demandaient aux étrangers s’ils étaient sud-africains, sur un ton mi-sérieux mi-amusé, mais de manière assez insistante pour laisser percevoir la tension qui s’est emparée du Nigeria.

« Certains politiciens en Afrique du Sud exploitent le sentiment xénophobe pour leur propre intérêt. Certains politiciens au Nigeria exploitent les violences xénophobes en Afrique du Sud pour leur propre intérêt. Aucun n’a le monopole de la bêtise », a conclu sur Twitter l’économiste Nonso Obikili, spécialiste des relations entre les deux pays.

Le Monde avec AFP

La Côte d'Ivoire dit adieu à son idole DJ Arafat

Des incidents ont troublé samedi à Abidjan l'hommage rendu par des dizaines de milliers de fans au chanteur ivoirien DJ Arafat, l'un des artistes les plus populaires d'Afrique de l'Ouest, mort dans un accident de moto à 33 ans.

Alors que la cérémonie d'hommage exceptionnelle, à la fois empreinte de joie et d'émotion, s'était déroulée sans problème toute la nuit dans le plus grand stade du pays, des fans ont gâché la fête au matin en ouvrant la tombe et le cercueil du chanteur peu après son inhumation.

Sur des photos et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, on pouvait voir une foule de jeunes, agités et vociférants qui prenaient en photo sa dépouille.

"Nous avons voulu voir le corps de notre idole avant la fermeture du tombeau", a expliqué un fan à un journaliste de l'AFP.

"C'est Yoro, c'est lui!", a crié un autre fan, en référence au surnom "Yorobo" de DJ Arafat.

Les policiers qui surveillaient la tombe ont été débordés par la foule de ceux qui n'avaient pu suivre la cérémonie au stade, a expliqué une source policière.

La police est intervenue pour disperser la foule, faisant usage de gaz lacrymogène et a repris le contrôle des lieux. Plusieurs personnes ont été blessées, selon des témoins.

Auparavant, des échauffourées avaient éclaté aux abords du cimetière entre la police et des fans mécontents d'être tenus à l'écart de l'enterrement qui s'est déroulé dans l'intimité.

Vers midi, des troubles étaient toujours en cours à Adjamé, selon une source sécuritaire et un journaliste de l'AFP qui a vu des barricades et des pneus enflammés dans une artère menant au cimetière.

Lors de la nuit d'hommage musical au roi du "coupé-décalé", de nombreuses stars africaines ont chanté sur scène pour saluer sa mémoire: Davido, Sidiki Diabaté, Fally Ipupa, Serge Beynaud...

Vendredi soir, le ministre ivoirien de la Culture, Maurice Bandaman, avait décoré à titre posthume de l'ordre national du mérite culturel DJ Arafat, de son vrai nom Ange Didier Houon, "pour son immense contribution au rayonnement artistique" de la Côte d'Ivoire. La cérémonie, digne de funérailles nationales, a été payée par l'Etat ivoirien.

"Daishinkan", pour ses fans (en référence à un superhéros de BD), est mort le 12 août des suites d'un accident de moto à Abidjan. Sa musique au rythme endiablé, à la fois genre et attitude, est née en 2003 dans les boîtes de nuit ivoiriennes puis s'est popularisée dans toute l'Afrique.

Après une nuit de musique et de danse, la dépouille du chanteur est arrivée au stade Félix Houphouët-Boigny au lever du jour, pour un dernier adieu, saluée par les applaudissements de la foule.

Une grande émotion s'est emparée de l'assistance, de nombreux jeunes tombant en pleurs, alors que le cercueil était déposé sur un piédestal au centre de la pelouse.

- 'On a perdu un grand homme' -
Né d'un père ingénieur du son réputé et d'une mère chanteuse, DJ Arafat s'était formé à la musique sur le tas. DJ dans les maquis (bars) de la rue Princesse à Yopougon, le grand lieu de la fête à Abidjan, il avait percé avec "Jonathan" en 2003, avant d'enchaîner les tubes pendant 15 ans: "Kpangor" (2005), Djessimidjeka (2012), Maplorly (2015), Dosabado (2018).

- Sur le trône du coupé-décalé -

Arafat a "révolutionné le coupé-décalé, en mélangeant les sons, les rythmes. Il s'est par exemple inspiré de musiques traditionnelles africaines, mais aussi de l'afrobeat nigérian, du rap, du baile funk brésilien. Il était aussi un danseur exceptionnel et a associé à sa musique des concepts de danse nouveaux", a expliqué Franck Alcide Kacou, directeur label d'Universal Music Africa (filiale de Vivendi), la compagnie qui produisait l'artiste depuis 2013.

"Il était l'artiste le plus influent d'Afrique de l'Ouest, avec une communauté de deux millions de fans sur Facebook". "Il commençait à percer en Europe et en Amérique, à toucher un public au-delà de la diaspora ivoirienne", selon M. Kacou. Sur son dernier album, "Renaissance", il avait invité des artistes internationaux tels que Maître Gims, Dadju, Davido et Fally Ipupa.

"Il est parti de rien, il a pris le trône du coupé-décalé. Vraiment ça c'est quelque chose qui motive les jeunes aujourd'hui, ceux qui n'ont rien", a témoigné une de ses fans, Olga Manou.

La star était parfois controversée, pour ses "clashes" sur les réseaux sociaux avec d'autres artistes ou pour ses déclarations homophobes.

"C'était une personnalité clivante. Il était très sensible, d'où ses réactions +sans filtre+. Mais c'étaient aussi des coups marketing", selon M. Kacou.

DJ Arafat avait été désigné "meilleur artiste de l'année" aux awards du coupé-décalé en 2016 et 2017. Il avait aussi été distingué en 2012 "meilleur artiste africain" au Kora Music Awards, des récompenses musicales panafricaines.

AFP

Mémoires de l'ancien président sénégalais Abdou Diouf

« Tant que la fortune te sourit, tu auras beaucoup d'amis, si les nuages se montrent, tu te retrouveras seul », écrit l’ancien président sénégalais Abdou Diouf, dans ses Mémoires publiés aux Editions Seuils. Un livre riche en anecdotes toutes plus intéressantes les unes que les autres. S'informer Utile vous en présente ici un extrait.
« C'est à partir du moment où je fus relevé de mes fonctions de gouverneur du Sine-Saloum que, pour la première fois, je fus véritablement confronté à l'ingratitude des hommes.
 
J'ai pu alors constater que, tant que vous êtes une autorité, les hommes vous sont fidèles et sont à vos pieds, mais dès que vous êtes en disgrâce, ou qu'ils vous y croient, certains d'entre eux n'ont plus de considération pour vous et vous tournent le dos.

C'est le cas de ce grand chef religieux qui, lorsque j'étais encore gouverneur, m'avait demandé de lui installer une coopérative dans un village de la région. Au moment de quitter mes fonctions, j'ai pensé qu'il valait mieux prendre l'arrêté avant de partir, afin que mon successeur puisse finaliser rapidement le projet. J'avais fait cela avec un zèle qui correspondait au respect que je vouais à ce guide.

J'ai donc signé l'acte et je voulais lui dire au téléphone de ne pas s'inquiéter , puisque j'avais tout fait. J'ai eu une grande surprise. Un de ses disciples m'a fait attendre longtemps et, à la fin, quelqu'un d'autre a pris l'appareil pour me dire : «  Gouverneur, le marabout vous salue bien, il m'a chargé de vous dire qu'il est très occupé en ce moment mais qu'il vous souhaite le meilleur ».
Je lui ai répondu que c'était tout juste pour lui dire que j'avais signé l'arrêté pour la coopérative. Dans mon for intérieur, je me disais que ce n'était pas possible qu'il me traitât ainsi .

Que dire également du comportement de cet homme qui était toujours dans nos cortèges à crier à tue - tête : « Maintenant nous avons le meilleur gouverneur du pays, un gouverneur qui nous porte bonheur ».  Il le faisait avec tout ce qu'ont pouvait imaginer comme obséquiosité, louanges, ovations et autres envolées dithyrambiques.

Pourtant, quand j'ai quitté mes fonctions, il ne savait pas encore que j'étais affecté à un nouveau poste et un jour, en sortant du ministère des Affaires étrangères, je l'ai aperçu devant la pharmacie du Rond- Point et me suis dirigé vers lui.
Il m'a aussitôt tourné le dos et j'ai compris que, s'il avait agit de la sorte, c'est qu'il ne voulait pas se compromettre avec quelqu'un qui était en disgrâce ou en tout cas qui était considéré comme tel.
Pour le jeune homme de 27 ans que j'étais, qui croyait à tant d'idéaux, voir les hommes se comporter cette façon fut un choc. 

Et me sont revenus en mémoire mes jeunes années de latinistes au lycée Faidherbe et les vers qu'Ovide, exilé par Auguste au bout du monde, à Tomis, sur les bords de la mer Noire, écrivait dans les Tristes : « Tant que la fortune te sourit, tu auras beaucoup d'amis, si les nuages se montrent, tu te retrouveras seul ». 
Il y a eu certes ce griot et ce grand chef religieux que j'admirais tant, mais il y a eu bien d'autres encore ».

Abdou Diouf, Mémoires - Editions Seuil.

Monnaie unique ouest-africaine : entre enthousiasme et circonspection

Les polémiques vont bon train depuis l’annonce, en juin dernier, de la création, dès 2020, d’une nouvelle monnaie ouest-africaine dans l’espace Cédéao. Si certains y voient un projet à l’échéance hâtive du fait de disparités non négligeables entre les différents Etats membres, d’autres, plus enthousiastes, se félicitent déjà de l’indépendance du Trésor français et de l’apaisement social et politique qui en résulteraient.

Indépendance du Trésor français
Pour certains observateurs à l’instar d’Hervé Lado, professeur des sciences économiques à l’Université de Paris I, la future monnaie unique ouest-africaine aurait un impact positif - autant pour les pays de la ZMOA (Nigéria, Ghana, Gambie, Guinée, Sierra Leone) que ceux de l’UEMOA (Sénégal, Guinée-Bissau, Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo, Niger) - dès lors qu’elle ferait jouer à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) le même rôle de régulateur que la Banque centrale européenne (BCE) ; elle leur offrirait le loisir de ne plus rester sous le parapluie du Trésor français et donc la liberté de se soustraire des accords de coopération monétaire passés avec la France depuis 1945.
Surtout qu’en vertu de ces accords, ces pays doivent se plier aux conditions imposées par l’État français en matière de convertibilité, lesquelles n’ont pour effet que de garantir le monopole des entreprises françaises dans les secteurs clés de leurs économies respectives.
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Facteur d’apaisement social
La monnaie unique ouest-africaine aurait aussi des avantages politiques non négligeables, si l’on considère les manifestations sporadiques mais véhémentes et régulières, ces dernières années en Afrique, de militants anti-franc CFA à l’image du célèbre Franco-Béninois Kémi Séba, expulsé du Sénégal vers la France pour avoir brûlé un billet de banque, et devenu indésirable dans d’autres pays de la zone. Un militantisme qui continue de faire des émules nombreuses en France et ailleurs, ainsi que sur les réseaux sociaux. De ce point de  vue, la nouvelle monnaie unique ouest-africaine serait un véritable facteur d’apaisement social, un motif libérateur, notamment pour la majeure partie de la population de ces pays, en l’occurrence la jeunesse.

Une échéance assez contraignante
Si certains jubilent à l’idée de se voir débarrassés du joug du Trésor français et de ses conditions aux avantages quasi unilatéraux, d’autres sont plutôt circonspects face aux risques qui résulteraient d’un abandon hâtif de cette couverture. Car si l’on en croit, Skandar Onaies, professeur des sciences économiques et ancien conseiller au Fonds souverain du Koweït, « les pays d'Afrique de l'Ouest n'ont pas intérêt à quitter à court terme le parapluie monétaire que la France offre grâce à son appartenance à la zone Euro », arguant qu’ « un défaut de paiement sur les dettes extérieures serait une catastrophe ». Le soutien de Bercy, ajoute Onaies, serait donc « indispensable dans ce cas de figure ». D’autant plus que l’échéance, qui ne dépasse guère les cinq ans, semble assez courte et quelque peu contraignante quand on sait qu’avant d’instaurer l’Euro comme monnaie commune en 1999, l’Union européenne a eu besoin de pas moins d’un demi-siècle. 

Et si la BAD encourage le projet, elle n’a pas manqué d’exprimer, dans un rapport récent, son inquiétude quant au retard accusé pour ce qui est du lancement et de la possibilité réelle de maintenir cette échéance à 2020.
Disparités assez inquiétantes
En plus de l’échéance courte, certains analystes se montrent par ailleurs moins enthousiastes que le rapport de la BAD qui, selon le professeur Onaies, ne  prend pas en compte certains aspects des variations sociétales, institutionnelles, tribales de la région. Soulignant que «  le fait de mettre en commun les réserves peut représenter un obstacle. Les dettes extérieures des pays ne sont pas non plus au même niveau. Enfin, les flux de capitaux sont différents selon les pays et ne concernent pas forcément les mêmes secteurs ». C’est cela même qui serait, selon lui,  la raison de la réticence de certains chefs d’État « frileux quant à cette politique monétaire ».

L’on craindrait, selon les analystes, un manque de diversification propre aux pays pétroliers, lequel serait préjudiciable aux pays réalisant des entrées de capitaux de portefeuilles.

Bref, la future monnaie unique africaine n’a pas fini de susciter des débats passionnés. Et entre ceux qui sont tout enthousiastes à l’idée de son prochain lancement et ceux qui sont encore sceptiques, il faudrait peut-être tout simplement dire : «  Que son règne vienne ! ». Et pour le reste, « donnons du temps au temps ! ».

Qui est Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique?

Avec une fortune personnelle estimée à plus de 15 milliards de dollars, le businessman nigérian fait partie des hommes les plus riches du monde. Même lui n’en revient pas.

En 2019 et pour la huitième année consécutive, Aliko Dangote figure au classement du magasine américain Forbes. Premier milliardaire d’Afrique et 136e du monde, l’homme d’affaires de 62 ans a fait fortune dans le ciment. Le plus grand producteur d’"or gris" sur le continent a d’ailleurs eu du mal à réaliser à quel point il était riche.

Un jour, j’ai retiré 10 millions de dollars à ma banque (…). Je les ai pris à la maison, je les ai regardés et dit : 'Maintenant je sais que j’ai de l’argent'Aliko Dangoteau Forum Mo Ibrahim, à Abidjan, en avril 2019
Une famille d’entrepreneurs

Issu d’une riche famille musulmane de Kano, la grande ville du nord du Nigeria, Aliko Dangote acquiert vite le sens du commerce. Inspiré par son grand-père entrepreneur, il lance son premier "business" à 8 ans en vendant ses propres friandises, comme il le raconte au magazine Forbes.

Mais tout commence vraiment à 21 ans. Après une formation à l’université égyptienne Al-Azhar, le jeune diplômé en gestion et commerce emprunte de l'argent à son oncle et crée une petite entreprise de vente de ciment. Le succès est au rendez-vous et il multiplie très vite son capital.

Quand vous êtes jeune, votre premier million est important, mais après les chiffres ne veulent plus dire grand-choseAliko Dangoteau Forum Mo Ibrahim, à Abidjan, en avril 2019
L’empire Dangote

Au fil des ans, l’homme d’affaires nigérian amasse une fortune impressionnante grâce à la production de ciment. Sa société, présente dans une quinzaine de pays en Afrique, se développe et se diversifie. Sucre, farine, pâtes, sel, gestion immobilière… Dangote group est aujourd’hui un conglomérat avec des entreprises de production cotées en bourse. Il s’intéresse depuis peu au pétrole avec la construction d’une raffinerie au Nigeria, qui pourrait devenir l’une des plus grandes au monde. Le magnat africain a par ailleurs des visées sur le club de football d’Arsenal.
Investir en Afrique

Avec son ascension fulgurante et sa fortune colossale, Aliko Dangote suscite l’admiration, mais aussi les critiques. Certains l’accusent de s’être rapproché des politiques pour profiter de passe-droits. Mais le businessman ne s’en formalise pas et continue de développer ses activités en Afrique. Selon lui, les deux secteurs les plus prometteurs sont les nouvelles technologies et l’agriculture. Il appelle les jeunes entrepreneurs du continent à voir grand et à investir sur le long terme. "J’aimerais pouvoir me cloner", dit-il dans un entretien au magasine américain Time. Aliko Dangote fait dans le même temps un calcul rapide et affirme que dix comme lui feraient l’affaire...

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