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Monnaie unique ouest-africaine : entre enthousiasme et circonspection

Les polémiques vont bon train depuis l’annonce, en juin dernier, de la création, dès 2020, d’une nouvelle monnaie ouest-africaine dans l’espace Cédéao. Si certains y voient un projet à l’échéance hâtive du fait de disparités non négligeables entre les différents Etats membres, d’autres, plus enthousiastes, se félicitent déjà de l’indépendance du Trésor français et de l’apaisement social et politique qui en résulteraient.

Indépendance du Trésor français
Pour certains observateurs à l’instar d’Hervé Lado, professeur des sciences économiques à l’Université de Paris I, la future monnaie unique ouest-africaine aurait un impact positif - autant pour les pays de la ZMOA (Nigéria, Ghana, Gambie, Guinée, Sierra Leone) que ceux de l’UEMOA (Sénégal, Guinée-Bissau, Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo, Niger) - dès lors qu’elle ferait jouer à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) le même rôle de régulateur que la Banque centrale européenne (BCE) ; elle leur offrirait le loisir de ne plus rester sous le parapluie du Trésor français et donc la liberté de se soustraire des accords de coopération monétaire passés avec la France depuis 1945.
Surtout qu’en vertu de ses accords, ces pays doivent se plier aux conditions imposées par l’État français en matière de convertibilité, lesquelles n’ont pour effet que de garantir le monopole des entreprises françaises dans les secteurs clés de leurs économies respectives.

Facteur d’apaisement social
La monnaie unique ouest-africaine aurait aussi des avantages politiques non négligeables, si l’on considère les manifestations sporadiques mais véhémentes et régulières, ces dernières années en Afrique, de militants anti-franc CFA à l’image du célèbre Franco-Béninois Kémi Séba, expulsé du Sénégal vers la France pour avoir brûlé un billet de banque, et devenu indésirable dans d’autres pays de la zone. Un militantisme qui continue de faire des émules nombreuses en France et ailleurs, ainsi que sur les réseaux sociaux. De ce point de  vue, la nouvelle monnaie unique ouest-africaine serait un véritable facteur d’apaisement social, un motif libérateur, notamment pour la majeure partie de la population de ces pays, en l’occurrence la jeunesse.

Une échéance assez contraignante
Si certains jubilent à l’idée de se voir débarrassés du joug du Trésor français et de ses conditions aux avantages quasi unilatéraux, d’autres sont plutôt circonspects face aux risques qui résulteraient d’un abandon hâtif de cette couverture. Car si l’on en croit, Skandar Onaies, professeur des sciences économiques et ancien conseiller au Fonds souverain du Koweït, « les pays d'Afrique de l'Ouest n'ont pas intérêt à quitter à court terme le parapluie monétaire que la France offre grâce à son appartenance à la zone Euro », arguant qu’ « un défaut de paiement sur les dettes extérieures serait une catastrophe ». Le soutien de Bercy, ajoute Onaies, serait donc « indispensable dans ce cas de figure ». D’autant plus que l’échéance, qui ne dépasse guère les cinq ans, semble assez courte et quelque peu contraignante quand on sait qu’avant d’instaurer l’Euro comme monnaie commune en 1999, l’Union européenne a eu besoin de pas moins d’un demi-siècle. 

Et si la BAD encourage le projet, elle n’a pas manqué d’exprimer, dans un rapport récent, son inquiétude quant au retard accusé pour ce qui est du lancement et de la possibilité réelle de maintenir cette échéance à 2020.

Disparités assez inquiétantes
En plus de l’échéance courte, certains analystes se montrent par ailleurs moins enthousiastes que le rapport de la BAD qui, selon le professeur Onaies, ne  prend pas en compte certains aspects des variations sociétales, institutionnelles, tribales de la région. Soulignant que «  le fait de mettre en commun les réserves peut représenter un obstacle. Les dettes extérieures des pays ne sont pas non plus au même niveau. Enfin, les flux de capitaux sont différents selon les pays et ne concernent pas forcément les mêmes secteurs ». C’est cela même qui serait, selon lui,  la raison de la réticence de certains chefs d’État « frileux quant à cette politique monétaire ».

L’on craindrait, selon les analystes, un manque de diversification propre aux pays pétroliers, lequel serait préjudiciable aux pays réalisant des entrées de capitaux de portefeuilles.

Bref, la future monnaie unique africaine n’a pas fini de susciter des débats passionnés. Et entre ceux qui sont tout enthousiastes à l’idée de son prochain lancement et ceux qui sont encore sceptiques, il faudrait peut-être tout simplement dire : «  Que son règne vienne ! ». Et pour le reste, « donnons du temps au temps ! ».


Du CFA à l'Eco, parle-t-on vraiment d'une même voix ?

L'Eco ou la future monnaie africaine arrive à grandes enjambées, car les huit pays utilisateurs du franc CFA sont plus que jamais déterminés à réviser les termes de l'accord monétaire qui les lie à la France. Or plus qu'une révision des clauses établies entre la France et les pays de la zone, les populations de la Cédéao - ou du moins les pays usagers du franc CFA - s'attendent plutôt à une rupture d'avec la France pour enfin embrasser sereinement leur avenir politique et économique, de manière totalement indépendante. Mais si les démarches se multiplient pour le passage à l'Eco, les visées des uns et des autres restent encore à clarifier.
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La polémique semble aujourd'hui être à son paroxysme. Pourtant rien ni personne ne semble désormais pouvoir ou plutôt vouloir s'opposer à l'avènement de la nouvelle monnaie unique ouest-africaine, conçue un peu comme étant une réelle solution d'intégration et d'apaisement politique dans les pays de la Cédéao ; surtout dans les huit pays ayant en commun l'usage du franc CFA. C'est en tout cas ce que confirment les récentes déclarations d'Alassane Ouattara, président de la Côte d'Ivoire, et de son homologue ghanéen Nanan Akufo-Addo, lors de leur rencontre, à l'Elysée, avec le président français Emmanuel Macron.

Des propos toutefois pas aussi clairs que le souhaiterait la jeunesse de ces pays, bien décidée à voir la fin pure et simple du franc CFA et leur libération définitive du joug de la France. Car si l'on en croit Alassane Ouattara, l'avènement de cette nouvelle monnaie unique ne marquerait peut-être pas une rupture définitive avec le franc CFA, mais bien le passage d'une dénomination à une autre : « Le FCFA se porte bien », affirme le président ivoirien. Et d'ajouter : « Nous avons décidé qu’ensemble, à quinze, nous allons mettre en place une nouvelle monnaie qui s’appelle l’Eco. A terme, le FCFA s’appellera l’Eco et nous allons continuer d’y travailler. On espère que ça pourra se faire le plus tôt possible ». C'est on ne peut plus clair : nulle mention d'une sortie ni même de la fin du franc CFA. 

Alors, l'Eco nouvelle monnaie unique indépendante de la Cédéao ou perpétuation camouflée du franc CFA orchestrée par la France, dans le but unique d'apaiser des tensions politiques insoupçonnées ? La question semble d'autant plus pertinente que la fin du franc CFA serait un sérieux revers pour la France, qui se verrait ainsi privée de la manne que lui apportent - depuis plus de 60 ans - les clauses honteuses de cette pseudo coopération monétaire, dont le seul but est de perpétuer encore et encore l'exploitation économique des Etats usagers de la monnaie coloniale. 

Les propos de Nanan Akufo-Addo semblent, eux, plutôt rassurants par leur fermeté et leur clarté quant à la nécessité des réformes dans les pays de la zone CFA« Clairement, il faudra qu’il y ait quelques transformations dans l’arrangement monétaire de ces pays », a déclaré  le président ghanéen, s'alignant sur ce point sur la même ligne que le Nigéria. 

Le leader ghanéen s'est par ailleurs félicité de la position de la France, rappelant à ce propos les déclarations en 2017 d'Emmanuel Macron, lorsque le président français affirmait que la France « laissait la décision et le choix aux pays africains d'opter pour le CFA ou une autre monnaie ». Une déclaration, une nouvelle fois, confirmée par Macron en ces termes : « Le FCFA a existé, il existe, il y a une utilité, mais il ne faut pas qu’il y ait de tabou. C’est un sujet qu'on doit pouvoir ouvrir et qu'on a décidé d'ouvrir ensemble avec nos partenaires africains de manière apaisée, sans culte du symbole » ; soulignant toutefois la nécessité d'en conserver « la part de stabilité que ça apporte », sans nier l'opportunité de « permettre à toute la région de s’intégrer pleinement dans un espace monétaire intégré, comme l’a dit le président du Ghana».

Bref, le franc CFA - il n'y a aucun doute - est voué à une disparition certaine. Car quelles que soient les révisions que les pays de la zone CFA entreprendront avec l'ancien colonisateur, il est clair que les anciens privilèges de la France ne sauraient être maintenus dans un monde de plus en plus au fait des affaires politiques grâce à l'usage des NTIC ; un monde où les populations sont désormais conscientes de la nécessité de prendre en main leur destin. 

L'Eco est donc inévitable, et marquera sans doute le début d'une nouvelle ère pour l'ensemble des pays de la Cédéao. Et il faudrait que chaque leader africain travaille, en toute sincérité, à la réussite de ce projet ; car l'instauration de la nouvelle monnaie unique élèvera certainement des personnalités de l'actuelle sphère politique africaine, autant qu'elle en fera tomber plusieurs autres. A jamais ! Et l'histoire retiendra.

Abdoulaye Jamil Diallo