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Gambie : Barrow réélu avec 53,2% des voix

Le président de la Commission électorale indépendante a annoncé ce dimanche soir la victoire d'Adama Barrow. Le président sortant est ainsi réélu avec 53,2% des voix, d'après les résultats globaux annoncés. 

« Adama Barrow  dûment élu pour servir en tant que président de la République de Gambie », a déclaré le président de la Commission, Alieu Momar Njie, en annonçant à la presse les résultats des dernières circonscriptions.

Le président sortant l’emporte avec 458 519 (sur quelque 900 000 électeurs), d'après les résultats globaux ; soit un peu plus de 53% des suffrages, dépassant de loin son principal adversaire et ancien mentor, Ousainou Darboe, qui n'a obtenu que 238 253 des voix ; soit 27,7%. 

Dans la soirée, le président Adama Barrow a salué  le bon déroulement du scrutin, en remerciant notamment la Commission électorale indépendante d'avoir organisé comme promis « une élection libre, équitable, et transparente » ; sans oublier « le conseil des sages de la Cédéao et les anciens chefs d’Etat  qui ont laissé toutes leurs activités » , a souligné le président Barrow, « pour venir nous accompagner comme des frères et sœurs ». 

Ce qui, selon lui,  constitue une preuve que les Gambiens devraient « prendre en main leur destin et trouver des solutions à leurs problèmes ». Avant de promettre qu'il consacrerait toutes les ressources à sa disposition « pour faire de la Gambie un pays meilleur, pour tous ».

AJD | S'informer Utile 

Décès, mauvais traitements, interdictions sévères... Pendant près de dix ans, quelque 9 000 personnes séropositives ont fréquenté le centre de traitement alternatif créé par l’ex-président gambien Yahya Jammeh. Après des années d’omerta, plusieurs survivants témoignent.

Des potions vertes, parfois jaunes, mélangées à du lait ou du miel, à boire cul-sec dans des bouteilles d’un demi-litre. Des ingrédients mystérieux mais toujours amers : tels étaient les « remèdes » concoctés par l’ex-président gambien Yahya Jammeh, guérisseur autoproclamé du VIH.

Pendant près de dix ans, près de 9 000 patients passeront les portes de la « maison de verre », le centre de traitement alternatif que le dictateur aujourd’hui déchu avait installé dans l’enceinte même du palais présidentiel.

La plupart des malades traités dans le centre sont séropositifs. Des centaines d’entre eux n’en sortiront pas vivants, victimes d’infections ou succombant après avoir obéi aux instructions présidentielles les contraignant à interrompre leur traitement antirétroviral.
JE SUIS LE PRÉSIDENT QUI GUÉRIT LE SIDA
Un an après la fin du règne de Jammeh, exilé en Guinée équatoriale, les langues d’une poignée de survivants, la cinquantaine bien entamée, commencent toutefois à se délier.

« Ce sont des personnes malades et les abus qu’elles ont subi continuent d’avoir des conséquences aujourd’hui, explique Sarah Bosha, chargée de la Gambie pour l’ONG AIDS-Free World. Il faut absolument qu’elles soient entendues, et ce de manière urgente. »

En octobre 2017, un groupe d’organisations soutenant les victimes de l’ancien dictateur, notamment celles du « traitement miracle » contre le sida, ont lancé l’initiative #Jammeh2justice : une campagne pour que l’ancien président soit jugé pour les crimes commis durant son mandat.

Car si le centre de traitement controversé est aujourd’hui fermé, ses anciens pensionnaires sont toujours hantés par les expérimentations qu’ils y ont subies.

Cobayes
En 1995, c’est par un simple test que Fatou Jatta apprend qu’elle est atteinte du VIH. Malgré la psychose qui règne à l’époque autour de la maladie, la jeune femme de 28 ans décide d’annoncer publiquement son état.

Avec plusieurs proches, elle fonde un groupe de soutien qui organisera des campagnes de prévention et des marches de sensibilisation. Ces efforts leur valent l’attention du chef de l’État, à la recherche de volontaires pour son traitement expérimental.

AVOIR LE PRÉSIDENT AU TÉLÉPHONE ET LUI RÉPONDRE NON, CE N’ÉTAIT PAS POSSIBLE. ON AURAIT PU AVOIR DES PROBLÈMES

Un jour de 2007, Yahya Jammeh en personne contacte l’association par téléphone, porteur d’une demande pressante : dix cobayes sont requis pour tester un nouveau traitement présidentiel contre le sida. Habitué des déclarations à l’emporte-pièce, le dictateur vient d’annoncer à la presse qu’il a découvert un remède miracle contre la maladie, à base d’herbes médicinales, pouvant également guérir l’asthme et l’hypertension. Reste encore à le prouver.

« Je suis le président qui guérit le sida », clame alors fièrement Yahya Jammeh, qui se fait appeler « Son Excellence Cheikh Professeur El Hadj Docteur Yahya AJJ Jammeh ».


Invitée à participer au programme présidentiel, Fatou ne se fait guère d’illusions sur l’hypothèse qu’elle puisse en ressortir guérie. « Mais avoir le président au téléphone et lui répondre non, ce n’était pas possible, confie la quinquagénaire à Jeune Afrique. On aurait pu avoir des problèmes, nous ou notre famille. C’est pour ça que la plupart d’entre nous y sommes allés. »

LES PATIENTS SOUFFRENT DE VOMISSEMENTS FRÉQUENTS ET DE DIARRHÉES SÉVÈRES

Pendant six mois, les patients doivent ingérer des mixtures à base de plantes, pendant que le président les masse avec des huiles mystérieuses tout en récitant des versets du Coran. Ils sont par ailleurs entourés de vidéastes qui diffuseront les images de l’expérience au reste du pays par le biais de la télévision d’État.

Une panoplie de règles régissent également leur quotidien : interdiction de fumer, de boire de l’alcool, de s’accoupler, de mâcher du chewing-gum ou de boire le thé local, l’attaya.

Des centaines de patients meurent
Lorsque les caméras ne tournent plus, ce que les Gambiens ne voient pas, ce sont les ravages causés par le traitement. Les patients souffrent de vomissements fréquents et de diarrhées sévères, et beaucoup d’entre eux se retrouvent considérablement affaiblis en quelques semaines.

Alerter les malades au sujet des risques qu’ils prennent reste pourtant difficile : qui oserait aller à l’encontre de la volonté du président ? Les membres d’organisations internationales qui s’y aventurent sont expulsés du pays. « Il y a eu un ralentissement en termes de prévention, de communication et d’information autour du VIH, affirme Bai Cham, le responsable de programmes pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, basé à Banjul. Sans cela, on aurait pu faire beaucoup plus de progrès. »

À l’époque, Bai Cham voit donc des patients atteints du VIH se précipiter vers la cure présidentielle, tout en abandonnant leur traitement antirétroviral – qui permet de renforcer le système immunitaire et ainsi de prolonger considérablement l’espérance de vie. Si seulement 2 % de Gambiens sont touchés par le virus – un taux bien moins élevé que la moyenne à l’échelle du continent –, ils sont relativement peu nombreux à suivre un tel traitement.

Beaucoup d’organisations non gouvernementales poursuivront malgré tout leur travail de prévention, mais de manière plus discrète. Finis les grands panneaux d’affichage offerts à la vue de tous : les ONG sillonnent les villages et les communautés rurales, où des centaines de jeunes sont formés afin de sensibiliser leurs compatriotes.


Pourtant la « cure » miraculeuse continue d’attirer les patients. Mais privés d’un traitement digne de ce nom, leur maladie s’aggrave au point qu’au fil des années, nombre d’entre eux succombent à des infections. Selon l’association AIDS-Free World, qui les assiste, plusieurs centaines d’entre eux décéderont aux mains du guérisseur autoproclamé.

ON ÉTAIT COMME DES PRISONNIERS. ON ÉTAIT EN DÉTENTION. TOUS NOS DROITS HUMAINS ONT ÉTÉ VIOLÉS

Le soir, ils ne peuvent rentrer chez eux : ils sont hébergés dans un hôpital transformé pour l’occasion. Ils n’ont pas le droit aux visites et doivent accompagner le président dans ses déplacements vers son village natal de Kanilai, dans le sud du pays. « On était comme des prisonniers, se souvient Fatou. On était en détention. Tous nos droits humains ont été violés. »

Ceux qui deviennent trop faibles finissent à l’hôpital, où les médecins et infirmières refusent de les soigner par peur d’aller à l’encontre du président.

LES PROPRIÉTAIRES PENSENT QUE SI JE VIS DANS LA MÊME MAISON QU’EUX, ILS VONT ATTRAPER LE VIRUS

Aujourd’hui, les lacunes en termes de prévention se font encore sentir. Certains, comme Lamin Ceesay, subissent toujours la discrimination liée à leur statut de séropositif. À 60 ans, Lamin vit maintenant dans une petite maison de deux chambres, régulièrement sujette à des inondations. « À cause de ma maladie, je n’ai pas pu trouver de meilleur logement. Les propriétaires pensent que si je vis dans la même maison qu’eux, ils vont attraper le virus », confie-t-il.



Manque de financement des programmes de lutte
Et les défis sont encore nombreux pour les organisations de lutte contre ce fléau : aujourd’hui, c’est principalement le manque de financement des programmes de lutte contre le sida qui explique le faible nombre de personnes traitées, selon Bai Cham.

Pour les victimes du traitement présidentiel, reste un autre défi : obtenir justice pour les tourments subis, ce qui pourrait prendre des années. L’ancien dictateur gambien jouit d’un exil doré en Guinée-équatoriale, sous la protection du président Teodoro Obiang Nguema Mbasongo. Celui-ci affirmait récemment à la télévision nationale qu’il ne donnerait pas suite aux demandes d’extradition visant Yahya Jammeh, le dictateur qui prétendait guérir le sida avec des potions…

 Jeuneafrique.com

Gambie: le Président Barrow quitte enfin Dakar pour rentrer à Banjul

Le président gambien Adama Barrow à l'ambassade de Gambie à Dakar, au Sénégal où il a prêté serment, le 19 janvier 2017/AFP

Le nouveau président gambien Adama Barrow a quitté jeudi après-midi le Sénégal pour regagner son pays, cinq jours après le départ en exil de son prédécesseur Yahya Jammeh, qui a marqué l'épilogue de six semaines d'une crise à rebondissements.

Son arrivée était prévue à 16H00 (locales et GMT), mais c'est seulement après 16H10 qu'il a quitté Dakar, la capitale sénégalaise, à bord d'un avion militaire portant l'emblème de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), a constaté un photographe de l'AFP.

Sous une haie d'honneur, il a été accompagné jusqu'à l'appareil par le président sénégalais Macky Sall et son Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dionne, selon la même source.

L'envoyé spécial de l'ONU en Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas, qui devait faire avec lui le voyage de Dakar à Banjul, a appelé "la communauté internationale à continuer à apporter son soutien au nouveau régime gambien".

 


"La réconciliation nationale doit être une priorité", a-t-il affirmé à l'intention du président Barrow avant son départ, en souhaitant "une transition pacifique, sécurisée et ordonnée".

Accueilli au Sénégal depuis le 15 janvier à la demande de la Cédéao, qui craignait pour lui tant que M. Jammeh était en place, M. Barrow différait jusque-là son retour, invoquant des inquiétudes pour sa sécurité.

La Gambie, petit pays anglophone totalement enclavé dans le Sénégal, à l'exception d'une étroite façade côtière prisée des touristes, a été dirigée d'une main de fer pendant 22 ans par Yahya Jammeh, un ancien militaire.

Vainqueur de l'élection du 1er décembre face à Yahya Jammeh - qui avait initialement reconnu sa défaite avant de se raviser le 9 décembre -, Adama Barrow a prêté serment le 19 janvier à l'ambassade de Gambie à Dakar.

Peu après, la Cédéao lançait une opération pour forcer au départ M. Jammeh, qui a finalement quitté le pays le soir du 21 janvier pour être accueilli par la Guinée équatoriale.

Depuis sa prestation de serment, M. Barrow n'est plus apparu en public, ni ne s'est adressé directement à son peuple, accordant seulement une série d'interviews à des médias locaux et internationaux.

- Célébration le 18 février -
Des soldats de la force de la Cédéao montent la garde devant la présidence, le 24 janvier 2017 à Banjul, en Gambie / AFP

A l'aéroport de Banjul, une foule était massée depuis le début de l'après-midi pour l'accueillir triomphalement, avec des groupes de danseurs et de joueurs de tambour, sous la surveillance de militaires sénégalais et nigérians de la Cédéao, cagoulés et lourdement armés.

"Il va développer ce pays! Il est bon, ce n'est pas un tueur", s'enthousiasmait une jeune femme, Adja Kombeh, en référence à son prédécesseur.

Sur la route de l'aéroport, des partisans de M. Barrow installaient une affiche géante invitant la population à une célébration générale le 18 février, anniversaire de l'indépendance de cette ancienne colonie britannique.

Dans un premier temps, M. Barrow "résidera chez lui jusqu'à nouvel ordre" plutôt qu'à la présidence, où la force de la Cédéao, sous commandement sénégalais, a installé son état-major, a indiqué à Banjul son porte-parole, Halifa Sallah.

 


Les défis s'annoncent immenses, à commencer par la mise en place d'une administration, engagée sur une fausse note avec le choix d'une vice-présidente, Fatoumata Jallow Tambajang, atteinte par une limite d'âge constitutionnelle.

Parmi les priorités, figure aussi la réforme des forces de sécurité, a indiqué M. Sallah.

Malgré le départ en exil de Yahya Jammeh, le nouveau chef de l'Etat a demandé la poursuite de l'opération militaire de la Cédéao, pour sécuriser le pays en attendant de s'assurer du contrôle effectif des services de sécurité et du territoire.

"Le président Adama Barrow nous a demandé deux ou trois semaines pour que nous puissions étudier s'il y a des stocks d'armes quelque part. Et s'il y a des mercenaires cachés quelque part", comme le craignent ses partisans, avait indiqué mardi le président de la Commission de la Cédéao, Marcel Alain de Souza.

La Cédéao a prévu de mobiliser jusqu'à 7.000 militaires, dont quelque 4.000 ont déjà été engagés, selon M. de Souza.

M. Barrow a également demandé à ces forces de rester six mois dans le pays, une décision qui appartiendra aux responsables militaires de la Cédéao, a-t-il ajouté.

afp

En Gambie, le village de Yahya Jammeh remâche son amertume


Dans toute la Gambie,0 les militaires africains venus forcer Yahya Jammeh à partir sont accueillis en sauveurs. Mais dans son village natal de Kanilai, desservi successivement par une route au nom de son épouse puis au sien, les habitants remâchent leur amertume.

Les portraits géants de Yahya Jammeh, en boubou et chéchia blancs, un chapelet à la main et le visage fendu d'un large sourire, accueillent toujours les visiteurs à l'entrée du village, tout proche de la région sénégalaise de Casamance (sud).

"Dieu lui avait donné le pouvoir, Dieu le lui a repris", philosophe un jeune, parmi un petit groupe assis sous le préau d'un bâtiment et manifestement réticent à une discussion sur l'enfant du pays, parti en exil samedi soir.

Une femme, visiblement en colère, crache des imprécations dans une langue locale. L'atmosphère devient pesante, les visages visiblement hostiles à la présence de journalistes étrangers.
Comprenant qu'elle n'est pas la bienvenue, l'équipe de l'AFP écourte sa visite.

Dans ce village reculé entouré d'une dense végétation, d'arbres géants et de palmiers à huile, à une centaine de kilomètres à l'est de la capitale, Banjul, Yahya Jammeh a fait construire un imposant palais, plusieurs enceintes sportives, un hôtel et même un zoo.

La vaste demeure, au portail en fer, est surmontée d'un mirador. De l'extérieur, on aperçoit un édifice en forme d'arc de triomphe. Accès et prises de vues interdits, prévient courtoisement mais fermement un responsable de la sécurité, qui conseille d'aller plutôt parler aux habitants

Le portail s'ouvre puis se referme pour laisser passer deux camions chargés de moutons et de boeufs. Sur une portière, on peut lire : "en Yahya Jammeh nous croyons" ou encore "les fermes familiales de Kanilai", ses propriétés personnelles.

"Ce sont des bêtes qui vont dans sa ferme", souffle doucement un garde selon lequel des membres de la famille de l'ancien président, qu'il n'a pas identifiés, se trouvent à l'intérieur.

- "On a tiré sur Kanilai" -

Après 22 ans au pouvoir, Yahya Jammeh a quitté Banjul pour la Guinée-Equatoriale en compagnie de membres de sa famille et de son entourage, ainsi que de nombreuses possessions. Les biens qu'il n'a pu emporter, comme les troupeaux, ont été mis en lieu sûr.

Ce départ a marqué le dénouement de six semaines d'une crise provoquée par son refus d'accepter les résultats de l'élection présidentielle du 1er décembre, remportée par l'opposant Adama Barrow, qu'il avait pourtant félicité pour sa victoire le lendemain du vote, à la surprise générale.

Dans un appel téléphonique à M. Barrow enregistré et télévisé il évoquait alors en plaisantant une possible reconversion dans l'agriculture à Kanilai.

C'est finalement sous la menace d'une intervention militaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), déclenchée le 19 janvier à partir du Sénégal, et après une ultime médiation des présidents mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et guinéen Alpha Condé, qu'il s'est résolu à céder le pouvoir.

Une obstination qui a valu à son village natal d'être l'une des premières cibles de l'opération, suspendue au bout de quelques heures pour permettre la médiation.

"On a tiré sur Kanilai, je me demande pourquoi", confie un des rares habitants ouvertement critiques de Yahya Jammeh, estimant injuste de devoir payer pour ses actes.

"Ce sont des maisons de pauvres. Yahya Jammeh n'a rien fait ici", affirme-t-il, montrant les boutiques et les maisons en pisé au toit en zinc qui jalonnent la voie conduisant au palais.

"Nous sommes des soldats. Nous travaillons pour la nation et non pour Yayha Jammeh", assure un garde, qui lui est reconnaissant de certains progrès, comme la construction de routes ... ou le passage de la télévision gambienne du noir et blanc à la couleur.

Plus au nord, dans la localité frontalière de Farafegny où les militaires soldats sénégalais de la force ouest-africaine ont été salués par des vivats, dans le poste de police une agente fait place nette.

Elle retourne à l'envers une photo de Yahya Jammeh déposée au fond d'une caisse et décroche du mur un calendrier à son effigie pour lui faire connaître le même sort.

23/01/2017 16 :14 :29 -  Kanilai (Gambie) (AFP) -  © 2017 AFP

Sheikh Sidya Bayo: « Il faut pardonner à Yahya Jammeh »


Il fut un de ses plus farouches opposants ; aujourd’hui, il plaide pour lui. Sheikh Sidya Bayo, le président du Conseil national de transition pour la Gambie (Cntg), qui a croisé le fer avec Yahya Jammeh, invite ses compatriotes à faire preuve de clémence à l’endroit de ce dernier.

Il dit : « J’appelle notre Nation à pardonner à Jammeh et son régime pour préserver la paix et la sécurité dans notre pays, au Sénégal et dans la sous-région. Au moment où nous connaissons des ramifications de groupes djihadistes dans la sous-région, l’heure n’est pas propice à la provocation d’une instabilité de manière directe ou indirecte avec ces groupes. Il serait dangereux pour nous d’amorcer une chasse aux sorcières contre le régime de Jammeh. »

Cependant, Bayo se veut clair : « En appelant les Gambiens à pardonner à Jammeh et son régime, je ne dis pas qu’il n’y aura pas de poursuites judiciaires contre lui, qu’il n’y aura pas de plaintes. Les assassinats, les intimidations, les arrestations et détentions arbitraires du régime de Jammeh, nous les avons tous connus. Mais, il est de notre devoir moral, en tant que leader politique, d’appeler à suivre la voie pacifique et après, on verra. l’histoire jugera Jammeh. »

À l’attention du nouveau Président gambien, le président du Cntg liste les priorités pour la Gambie : « J’appelle le Président Adama Barrow à réconcilier tous les Gambiens et à encourager toutes les initiatives qui pourront faire grandir ce pays blessé par plus de deux décennies de souffrances en tous genres. »
Longtemps exilé, pour échapper au régime de Jammeh, Bayo compte retourner en Gambie. « Je crois qu’aujourd’hui, je n’ai aucune excuse pour ne pas retourner dans mon pays », dit-il.

Source : L’Observateur

Acculé, le dictateur Jammeh quitte le pouvoir et la Gambie

 Lâché par l’armée et menacé par les forces des pays voisins, le chef de l’Etat aurait accepté vendredi soir de lâcher son fauteuil au nouveau président élu, Adama Barrow.

In extremis, Yahya Jammeh a accepté de quitter le pouvoir et le pays, selon Reuters qui citait vendredi le porte-parole du président élu Adama Barrow. Une information également reprise par RFI. La Gambie se débarrasse ainsi de l’homme qui tirait toutes les ficelles depuis vingt-deux ans. La médiation de la dernière chance, conduite par les présidents mauritanien et guinéen, a porté ses fruits, plusieurs heures après l’expiration de l’ultimatum lancé par la Cédéao. Le dictateur gambien, isolé diplomatiquement, sous pression depuis l’entrée d’une force ouest-africaine sur son territoire, lâché par une grande partie de son administration et par son chef d’état-major, s’apprêtait, selon ces déclarations, à s’exiler vendredi.

«Dictateur et fier de l’être»


La veille, Banjul, la capitale gambienne, aurait aimé faire la fête jusqu’au petit matin pour célébrer l’investiture d’Adama Barrow. Une cérémonie modeste s’était déroulée en début de soirée à Dakar (Sénégal), où le nouveau président gambien est exilé pour des raisons de sécurité. A peine avait-il ôté la main du Coran sur lequel il venait de prêter serment que des coups de klaxons ont retenti dans la ville.

De petits groupes de personnes sont sortis dans les rues, d’abord timidement, puis avec de plus en plus d’assurance, manifestant leur joie aux cris de «Nouvelle Gambie !» et «la Gambie a décidé». «C’est un jour très important pour tous les Gambiens. Nous avons été privés de nos droits pendant tellement longtemps», s’enthousiasmait un homme, la voix cassée à force de crier. Mais après ces scènes de liesse spontanées, et un moment presque surréaliste où le chef d’état-major des forces armées, Ousman Badjie, s’est joint à la foule, emporté par l’effervescence, les gens sont rentrés chez eux, les portes se sont refermées. Et la capitale gambienne s’est remise à attendre.

Le long des avenues vides, quelques habitants discutent sur le pas de leur porte ou assis sur les trottoirs. «Yahya Jammeh doit partir, nous avons un nouveau président maintenant, dit Mariama, une jeune femme qui tue le temps en écoutant de la musique sur son portable. Il a fait tellement de mauvaises choses pour ce pays : mettre des gens en prison, tuer…»

Dans ce petit Etat enclavé dans le Sénégal, dont la jeunesse fuit vers l’Europe, poussée par la pauvreté et la répression, cela fait longtemps que l’on n’avait plus rêvé d’un avenir meilleur sans passer par le «grand voyage» à destination de l’étranger.

Ancienne colonie britannique, le pays n’a connu que deux présidents depuis son indépendance, en 1965. Yahya Jammeh, 51 ans, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, se proclamait «dictateur et fier de l’être» : sous son régime, opposants politiques, journalistes ont été emprisonnés, torturés, toutes les voix dissidentes ont été muselées.

Mais Mariama, comme beaucoup de ses compatriotes, veut tourner la page. «Nous sommes prêts à pardonner, affirme-t-elle. La Gambie est un petit pays ; nous ne voulons pas d’affrontement, pas de rancœur. Nous voulons juste qu’il parte en paix. Et qu’il parte vite.»
«Du thé et des fleurs»

La situation a finalement été débloquée, jeudi, par le Guinéen Alpha Condé et le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, représentant la Communauté économique des pays d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Condé s’était toujours dit opposé à une intervention militaire en Gambie. Il est l’un des rares chefs d’Etat de la sous-région qui a toujours entretenu de bonnes relations avec Jammeh, dont les frasques et provocations ont souvent irrités ses homologues.

En cas d’échec diplomatique, la Cédéao n’avait laissé planer aucun doute sur sa détermination à faire respecter l’issue de l’élection du 1er décembre, et la victoire de la coalition d’opposition menée par Adama Barrow, par la force si nécessaire. Jeudi soir, le porte-parole de l’armée sénégalaise, le colonel Abdou Ndiaye, avait annoncé que ses troupes avaient franchi la frontière gambienne et se tenaient prêtes.

La force d’intervention régionale, menée par le Sénégal, compte environ 7 000 hommes, des tanks et des avions de combat, et pouvait avancer à tout moment vers le palais présidentiel si Yahya Jammeh continuait de s’obstiner. Cette coopération militaire ouest-africaine en réponse au refus d’un président de quitter le pouvoir suite à une défaite électorale est inédite sur le continent. Son exemple pourrait résonner bien au-delà de la Gambie.

Le numéro 1 de l’armée gambienne, Ousman Badje, avait enfoncé le clou vendredi après-midi en annonçant qu’il reconnaissait Barrow comme le nouveau chef des armées gambiennes. Il promettait également que ses hommes n’affronteraient pas les soldats de la Cédéao : «Nous allons les accueillir avec des fleurs et leur servir du thé.» Finalement, les bouquets serviront plutôt à acclamer le retour du nouveau chef de l’Etat.

Patricia Huon
Libération

Gambie: ultimatum de la Cédéao à Yahya Jammeh


Dakar - Yahya Jammeh, à la tête de la Gambie depuis 1994, a jusqu'à vendredi midi pour accepter de céder le pouvoir et de quitter le pays, faute de quoi la force envoyée par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) entrera en action.

Les troupes sénégalaises et de quatre autres pays d'Afrique de l'Ouest sont intervenues jeudi en territoire gambien pour forcer au départ M. Jammeh, qui refuse de céder la place au nouveau président Adama Barrow, contraint de prêter serment à l'ambassade de Gambie à Dakar.

L'opération, baptisée "Restaurer la démocratie", lancée officiellement peu après l'investiture de M. Barrow et le vote unanime d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, a été suspendue quelques heures plus tard pour permettre une "dernière médiation" régionale afin de convaincre M. Jammeh de partir en exil.
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"On a arrêté les opérations et on a donné un ultimatum" jusqu'à vendredi à midi (heure locale et GMT), a déclaré à Dakar le président de la Cédéao, Marcel Alain de Souza.

Cette médiation à Banjul, la capitale, doit être conduite par le président guinéen Alpha Condé qui aura auparavant rencontré son homologue mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, initiateur de la précédente mission auprès de Yahya Jammeh mercredi soir.

"Si à midi il n'accepte pas de quitter la Gambie sous la bannière du Pr Condé, alors les troupes vont passer à l'intervention militaire proprement dite", a prévenu M. de Souza, qualifiant les opérations menées jusque là de "tirs de sommation".

"Il est hors de question qu'il reste sur place", a-t-il précisé. "Ce qu'on lui propose, c'est de partir", a-t-il indiqué.

Le responsable de la Cédéao a affirmé que 7.000 hommes au total seraient mobilisés par les cinq pays engagés (Sénégal, Nigeria, Ghana, Togo, Mali) dans cette opération lancée à partir du territoire sénégalais, dans lequel la Gambie est totalement enclavée à l'exception d'une étroite bande côtière.

Les troupes africaines, entrées par plusieurs points du territoire gambien, ont avancé sans rencontrer de résistance de la part de l'armée ou de la police, a indiqué à l'AFP une source de sécurité gambienne.

Le département d'Etat américain a exprimé son soutien à cette intervention, considérant que "son objectif est de contribuer à stabiliser une situation tendue et de tenter de respecter la volonté du peuple gambien".

- Le chef de l'armée célèbre Barrow -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a également salué la "décision historique" de la Cédéao, après le vote du Conseil de sécurité avalisant les initiatives de l'organisation, sans explicitement approuver un recours à la force.

Il a appelé Adama Barrow pour lui exprimer "son soutien total" face au refus de Yahya Jammeh de lui céder le pouvoir.

M. Barrow, tout de blanc vêtu, a prêté serment à l'ambassade de Gambie à Dakar jeudi peu avant 17h00 GMT devant le président de l'Ordre des avocats gambien Sheriff Tambadou, en présence de nombreux responsables d'organisations internationales et régionales ainsi que de ses deux épouses.

Dans son discours, M. Barrow, élu à la surprise générale au scrutin présidentiel du 1er décembre, a salué "un jour qu'aucun Gambien n'oubliera jamais", avant d'appeler les commandants des forces armées gambiennes à se rallier à lui, sous peine d'être traités comme des "rebelles".

Des scènes de liesse ont éclaté peu après dans les rues de Banjul sans être réprimées par les militaires présents. Le chef d'état-major de l'armée, le général Ousman Badjie, longtemps considéré comme un pilier du régime, a même été vu participant à la liesse des partisans de M. Barrow.

Des avions de combat nigérians avaient mené dans la journée des missions de reconnaissance au-dessus de la Gambie, notamment la capitale, transformée en ville fantôme, magasins clos et habitants terrés chez eux de craintes de violences.

Les évacuations de touristes, notamment britanniques (l'ex-puissance coloniale) se poursuivaient.

Imprévisible et accusé de violations des droits de l'homme par de nombreuses ONG internationales, Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir en 1994 par un coup d'Etat sans effusion de sang, dirigeait depuis le pays d'une main de fer.

Malgré les pressions internationales, et abandonné au fil des jours par sa vice-présidente et plusieurs de ses ministres, il s'est obstiné à demeurer en place tant que la justice n'aurait pas statué sur ses recours électoraux.

Le risque de troubles ou d'intervention militaire a poussé de nombreux Gambiens, résidents étrangers et touristes à quitter le pays. Selon les agences de l'ONU, quelque 25.000 personnes, dont une moitié d'enfants, en sont parties depuis le début de la crise.

Lexpress

Vidéo- Gambie : incertitude et menace d'une intervention extérieure


La Gambie demeurait jeudi sous la menace d'une intervention de troupes ouest-africaines, après d'ultimes efforts de médiation de la Mauritanie aux résultats encore incertains: Yahya Jammeh, dont le mandat a expiré officiellement, n'a pas quitté le pouvoir et l'investiture de son successeur déclaré Adama Barrow n'était pas encore effective.

Jusqu'à jeudi matin, aucune précision n'avait pu être obtenue sur le lieu et l'heure de la prestation de serment de M. Barrow, accueilli depuis le 15 janvier à Dakar, au Sénégal voisin, et dont l'entourage a régulièrement soutenu qu'il serait investi jeudi, en territoire gambien.

Jeudi matin, des informations de presse relayées au Sénégal affirmaient que la cérémonie aurait lieu à 16H00 (locales et GMT) à l'ambassade de Gambie à Dakar mais aucune source officielle sénégalaise et dans l'entourage de M. Barrow n'a pu confirmer cette annonce.

La Mauritanie sur place

Dans un ultime effort diplomatique, le chef de l'Etat mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, s'était rendu mercredi à Banjul pour tenter d'obtenir "une solution de la crise en Gambie" où le président sortant Yahya Jammeh conteste sa défaite électorale et refuse de céder son fauteuil. M. Ould Abdel Aziz est ensuite arrivé à Dakar en provenance de la Gambie, rapporte la Radio Télévsion Sénégalaise (RTS).

Macky Sall, son homologue sénégalais, l'a accueilli à sa descente d'avion et les deux hommes se sont entretenus à l’aéroport Léopold Sédar Senghor en presence du président élu Adama Barrow, selon la RTS.

A 1h35 du matin, l'avion du president mauritanien a quitté Dakar selon, l'APS. Rien n'a filtré de cette rencontre.

La Cédéao prête à intervenir

Le colonel Seydou Maïga Moro, chef de la Force de la CEDEAO en attente avait confirmé l’imminence d’une intervention militaire à minuit en cas d’échec des négociations avec le président sortant.

Le chef d’Etat-major de l’Armée gambienne a annoncé que ses hommes ne se battraient pas contre les troupes africaines. L'Agence de presse sénégalaise (APS) annonçait mercredi "un important mouvement de troupes de plusieurs pays africains en partance pour la Gambie au port de Ziguinchor."

Le ministre nigérian des affaires étrangères a souhaité bonne chance aux forces nigérianes qui vont être déployées en Gambie en twittant une vidéo d'avions de chasse nigérians au Sénégal.



Investiture de Barrow

Dans un tweet, le président élu a déclaré : ’’Mes très chers gambiens, la présidence de Yahya Jammeh est officiellement terminée. La nouvelle ère pour la Gambie est enfin là’’.

Depuis Dakar, Mankeur Ndiaye, ministre sénégalais des Affaires étrangères, assurait mercredi que Yahya Jammeh ne sera plus président de la Gambie à minuit, assurant que la communauté internationale "a pris toutes les dispositions" pour l’installation du président élu Adama Barrow.

Le nouveau président va former son gouvernement et la communauté internationale va l’accompagner, selon le ministre sénégalais des Affaires étrangères.

La Voix de l'Amérique