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La Chine montre la voie de l'épuration ethnique en toute impunité

Au Xinjiang, un million de personnes sont emprisonnées dans des camps de concentration. Qui s'en soucie ?


Les révélations publiées le 16 novembre par le New York Times [et celles de l'ICIJ, reprises par dix-sept médias dont Le Monde le 24 novembre, ndlr], basées sur des centaines de pages de documents du Parti communiste chinois ayant fuité, détaillent l'organisation et les délibérations derrière les détentions de masse dans les camps de rééducation pour musulmans de la province chinoise du Xinjiang, dont la majorité des prisonniers sont membres du groupe ethnique des Ouïghours.

L'article écrit par Austin Ramzy et Chris Buckley expose la conviction du président Xi Jinping que le radicalisme islamique est comparable à un «virus» qui ne peut se soigner qu'au moyen d'une «période de traitement interventionniste douloureux».

Informations prévisibles
Dans l'un des passages les plus glaçants, on découvre les instructions données aux responsables locaux sur le discours à tenir aux membres de la famille de prisonniers qui rentrent chez eux après un séjour dans d'autres régions de Chine et s'étonnent de la disparition de leurs proches.

Il faut leur dire que ceux-ci reçoivent une «formation» afin de les instruire sur les dangers de l'extrémisme, et que s'ils n'ont pas enfreint la loi, il ne leur est pourtant pas permis de s'en aller. Il faut leur dire que leur famille doit «se réjouir de cette opportunité d'éducation gratuite fournie par le parti et le gouvernement visant à éradiquer totalement les pensées fautives, mais aussi à apprendre le chinois [le ouïghour est une langue turque, ndlt] et une formation professionnelle».

On les prévient également que leurs proches détenus sont soumis à un système de notation par points qui détermine à quel moment ils seront libérés, et que le comportement de leur famille a une influence sur cette note.

Aussi inquiétantes que soient ces informations, elles étaient prévisibles. Cela fait un bon moment que la communauté internationale est au courant des exactions commises à l'encontre des Ouïghours. Les récits des survivants et l'imagerie satellite montrent l'ampleur du processus de détention, de la surveillance et des limitations de la liberté religieuse auxquelles sont soumis les musulmans du Xinjiang.

À l'instar de hauts représentants américains comme le vice-président Mike Pence et le secrétaire d'État Mike Pompeo, l'ONU a condamné la Chine. Les États-Unis ont imposé des restrictions de visa et des sanctions à un certain nombre de hauts fonctionnaires et d'entités soupçonnées de jouer un rôle dans la répression des Ouïghours.

Et pourtant, la réaction du monde reste particulièrement discrète face à l'emprisonnement de ce qui pourrait se chiffrer à un million de personnes dans des camps de concentration sur la base de leur religion et face à la tentative systématique, confinant au génocide culturel, d'effacer toute une identité.

Critiques tues
Très peu d'entreprises ou d'organismes boycottent la Chine. Dans deux ans, les Jeux olympiques d'hiver seront probablement lancés sans anicroche.

La réponse des États-Unis est affaiblie par le fait que Donald Trump ne figure pas parmi les hauts fonctionnaires qui attirent l'attention sur les camps. Malgré ses nombreuses critiques de la Chine, le président américain aborde rarement le sujet des droits humains, et il n'a pas évoqué les musulmans chinois lors d'un récent discours, largement médiatisé, sur la liberté religieuse.

Le gouvernement chinois a habilement brouillé les pistes en utilisant la menace bien réelle du terrorisme et de l'extrémisme religieux pour justifier la détention de masse de centaine de milliers de personnes qui n'ont de lien ni avec l'un, ni avec l'autre.

L'expert en terrorisme Colin Clarke a récemment expliqué sur Slate.com comment, pour justifier son autoritarisme, la Chine semble avoir emprunté des éléments de langage de la «guerre contre le terrorisme» des États-Unis.

Le reportage du New York Times laisse penser que c'était tout à fait délibéré: Xi Jinping a exhorté les autorités à imiter la réaction américaine aux attaques du 11-Septembre, et d'autres hauts fonctionnaires chinois avancent que les attentats en Grande-Bretagne sont la conséquence de la décision du gouvernement britannique de faire primer «les droits humains sur la sécurité».

Il est possible que la Chine soit désormais tout simplement trop puissante et trop mêlée à l'économie mondiale pour faire l'objet de vives critiques. Des organisations comme la NBA ont récemment appris ce qu'il en coûtait de critiquer, même légèrement, les politiques du pays quant aux droits humains.

Les gouvernements de nombreux pays islamiques observent un silence assourdissant sur la question, espérant discrètement maintenir des liens économiques avec Pékin et conserver la faveur de ses investisseurs.

Slate.fr

Vatican: Le pape dénonce une société du divertissement

Le pape François a défendu mercredi le repos dominical, qui permet aux chrétiens de « faire la paix » avec leur propre vie, mais a critiqué la société du « divertissement » et de l'« évasion ». Il a fait ces déclarations devant des milliers de fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre au Vatican à l’occasion de l’audience que le pape donne chaque mercredi.

« Et la vraie paix ne consiste pas à changer sa propre histoire mais à l’accueillir et à la valoriser », a encore expliqué Jorge Bergoglio. « L’homme ne s’est jamais autant reposé qu’aujourd’hui, mais jamais il n’a ressenti autant de vide », a-t-il également assuré, dénonçant une société avant tout « hédoniste ». Il est certes important de se reposer, a-t-il ajouté, mais encore faut-il distinguer le « vrai repos » du « faux repos » dans une société qui prône le divertissement ou l’évasion.

Insatisfaction au rendez-vous, d’après le pape
« L’industrie des loisirs est très florissante et la publicité dessine le monde idéal comme un grand parc d’attractions », a expliqué le souverain pontife. De plus, « le concept de vie qui domine aujourd’hui ne repose plus sur l’activité mais sur l’évasion […] et cette mentalité conduit à l’insatisfaction d’une vie anesthésiée par le divertissement, qui n’est pas le repos », a-t-il encore averti.

20minutes.fr
Mardi, après avoir rencontré le pape François, Emmanuel Macron sera fait chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran. Une tradition qui remonte aux rois de France.

Crise migratoire, chrétiens d’Orient, changement climatique… Emmanuel Macron sera reçu mardi matin par le pape François au Vatican. Si les sujets brûlants à aborder sont nombreux, après cette audience, le président de la République se rendra dans l’après-midi à la basilique Saint-Jean-de-Latran pour recevoir son titre de chanoine d’honneur.

Une manière pour le locataire de l’Elysée de continuer à restaurer la relation de confiance entre l’Etat et l’église. Lors de la Conférence des évêques de France (CEF), il avait déclaré vouloir "réparer" ce "lien", "abîmé" notamment depuis l’adoption du mariage homosexuel en 2013.

De Henri IV à Macron
Ce titre de chanoine de Saint-Jean-de-Latran est attribué depuis le XVIIe siècle. D’abord aux rois de France, puis aux présidents français.

Le premier à recevoir cette distinction a été Henri IV qui en 1604, après avoir abjuré le protestantisme, avait donné à l’église Saint-Jean-de-Latran les bénéfices de l’abbaye de Clairac (Lot-et-Garonne). On y célèbre tous les 13 décembre, jour de l’anniversaire d’Henri IV, une messe pour la France.

Sous la Ve République, seuls trois présidents, le gaulliste Georges Pompidou, et les socialistes François Mitterrand et François Hollande, n’ont pas fait le déplacement pour être installés comme chanoine honoraire de Saint-Jean-de-Latran. "Il n’y a aucune dimension spirituelle. On peut choisir de la recevoir ou pas, ici le choix a été fait d’aller jusqu’au bout. Il n’y a pas d’enjeu de laïcité", glisse-t-on à L’Elysée, anticipant les critiques des défenseurs d’une stricte séparation entre les religions et la sphère publique.

Tous les présidents ont rencontré le pape
En revanche, tous les chefs d’Etat, sauf Georges Pompidou, ont rencontré le pape : le général de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand (en audience privée), Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Autrefois, selon la légende, le titre était assorti du droit de rentrer à cheval dans l’édifice. Maintenant, il est purement honorifique.

Pour la petite histoire, ce sont les moines de l’abbaye de Clairac, dont les bénéfices allaient à Saint-Jean-de-Latran, qui ont "inventé" le pruneau d’Agen. Les Croisés avaient rapporté en France le prunier de Damas mais il ne s’acclimatait pas très bien. Les moines ont eu l’idée de le greffer sur une variété locale de prunier, ce qui a donné le prunier d’ente. Plus tard, ils ont constaté que ces prunes séchaient bien au soleil et pouvaient donc se conserver longtemps.

Sudouest.fr

Tariq Ramadan: la détention provisoire maintenue

Tariq Ramadan, le 6 février 2016, au colloque annuel de l’Union des organisations islamiques de France. Photo Boris Allin Hans Lucas
Après avoir passé quatre nuits en prison, Tariq Ramadan a appris mardi qu’il resterait en détention provisoire. Le juge des libertés et de la détention (JLD) a en effet suivi les réquisitions du parquet et décidé de le maintenir sous écrou.

Mis en examen le 2 février pour «viol» et «viol sur personne vulnérable», qui auraient eu lieu respectivement en 2012 et 2009, le théologien suisse conteste les faits dénoncés par deux plaignantes. Aussi complexe que sensible, l’affaire est désormais entre les mains de trois juges d’instruction qui devront faire la lumière sur les versions contradictoires. Libération revient sur les derniers rebondissements et questionnements soulevés par le dossier.

Pourquoi le JLD a décidé la détention provisoire ?

C’est un magistrat peu connu du grand public mais dont le rôle est primordial. Le JLD est chargé de décider de l’opportunité d’une détention provisoire en fonction de l’article 144 du code de procédure pénale. Celui-ci prévoit qu’elle ne peut être ordonnée que dans le but de «conserver les preuves», «empêcher une pression sur les témoins» ou «toute concertation frauduleuse». Il s’agit en outre de «protéger la personne mise en examen» ou encore de «garantir son maintien à la disposition de la justice».

Le JLD ne se prononce donc pas sur le fond du dossier mais raisonne à partir de ces critères. Dans le cas de Ramadan, le parquet a requis la détention provisoire, ce qui était évidemment contesté par la défense du théologien. Selon Me Grégoire Leclerc, avocat de Henda Ayari, l’une des plaignantes, cette décision est «importante pour apaiser les débats» et «permettre éventuellement à d’autres femmes d’avancer dans leur décision de porter plainte». De son côté, la défense n’était pas joignable à l’heure où nous bouclions ces pages.

Une pièce clé a-t-elle été négligée par la justice ?

C’est le Parisien qui a révélé lundi la trajectoire de cette pièce, d’abord égarée dans la procédure avant de réapparaître au dernier moment. Il s’agit de la réservation d’un billet d’avion Londres-Lyon pris par le prédicateur le 9 octobre 2009. Soit la date à laquelle «Christelle», l’une des plaignantes qui souhaite rester anonyme, a dit avoir été violée aux enquêteurs.

 D’après le quotidien, le 6 décembre dernier, cette réservation a été adressée au parquet de Paris, et plus précisément à la section P20 chargée de diriger l’enquête préliminaire, par Mes Yassine Bouzrou et Julie Granier, les avocats de Tariq Ramadan.

Que s’est-il passé ensuite ? Il semble que cette pièce ne soit jamais arrivée à destination. Le bureau d’ordre pénal aurait bien accusé réception, sans transmettre le document. C’est lors de la garde à vue que les avocats ont découvert le couac, en constatant qu’aucune question n’était posée sur le sujet par les enquêteurs de la 2e DPJ. Le document de réservation a donc fait tardivement son entrée dans la procédure, le 1er février, à quelques minutes seulement de la confrontation entre Tariq Ramadan et son accusatrice.

Les avocats du prédicateur ont écrit à la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, pour demander la saisine de l’Inspection générale de la justice pour «savoir qui a dissimulé cette note pendant près de deux mois», selon l’AFP. A l’avenir, la défense pourrait utiliser d’autres voies procédurales, en contestant par exemple la mise en examen de Tariq Ramadan devant la chambre de l’instruction.

Ce document constitue-t-il un alibi ?

Depuis l’ouverture de l’information judiciaire, trois juges travaillent sur le dossier. Comme le veut la loi, ils doivent instruire à «charge et à décharge», c’est-à-dire rechercher à la fois des preuves d’innocence et de culpabilité de la personne mise en cause. Concernant la réservation d’avion fournie par la défense, ils vont d’abord devoir répondre à cette question : Tariq Ramadan était-il bien à bord du vol qu’il indique avoir pris ?

Il n’a pas produit de ticket d’embarquement mais une fiche de réservation. Il faut donc vérifier sur les listings de la compagnie aérienne. Le cas échéant, cela constitue-t-il un alibi ? C’est ce que soutiennent ses avocats car le vol Londres-Lyon a atterri à 18 h 35 à l’aéroport de Saint-Exupéry, ce qui invaliderait les déclarations de la plaignante, selon laquelle les faits seraient survenus «dans l’après-midi».

Selon son procès-verbal d’audition que Libération a pu consulter, ce n’est pas aussi simple. «Christelle» ne donne pas d’horaire précis : «Nous avions convenu que je devais le rejoindre à son hôtel, le Hilton sur la commune de Lyon à côté du casino le Pharaon. Il m’a dit qu’il arrivait le 9 octobre 2009 en début d’après-midi.» La plaignante poursuit : «Je me suis donc présentée à l’hôtel dans l’après-midi, je ne me souviens pas de l’heure exacte. Je lui ai envoyé un SMS pour lui signaler ma présence comme nous l’avions convenu.»

Elle décrit ensuite la rencontre au bar de l’hôtel où ils prennent un café et discutent un peu. On ne sait pas combien de temps. Toujours selon ses déclarations, «Christelle» accepte alors de prendre un thé dans sa chambre : «Je ne me souviens plus de l’heure exacte… Peut-être deux ou trois heures avant la conférence.» Or si Tariq Ramadan était bien dans l’avion, il serait arrivé à l’hôtel au moins à 19 heures, si on compte le temps de trajet. Les juges vont donc devoir reprendre méticuleusement le déroulé de la soirée pour faire la lumière sur les faits.

Que faisait Ramadan à Lyon, le 9 octobre 2009 ?

Invité par l’Union des jeunes musulmans (UJM), organisation basée à Lyon qui a beaucoup contribué à sa notoriété, le théologien donnait une conférence sur deux thèmes : la Palestine et l’islamophobie. Avant de s’établir au Royaume-Uni au milieu des années 2000, Tariq Ramadan était très présent dans la région lyonnaise, où il a construit ses premiers réseaux.

Selon le leader musulman local et ancien proche du prédicateur, Abdelaziz Chaambi, plus de 700 personnes assistaient au meeting programmé à 20 h 30 qui se tenait dans une salle du IXe arrondissement. Interrogé par Libération, Chaambi est cependant formel : selon lui, le théologien ne serait pas arrivé avant 21 heures. «Ramadan était toujours en retard», raconte-t-il.

Au début de cette soirée, un incident oppose les deux hommes : «J’installais deux stands dans le fond de la salle, explique Chaambi. Quand il m’a vu, il semblait contrarié. Je devais intervenir quelques minutes avant le début de sa conférence pour présenter deux associations que je venais de créer, ce qu’il refusait.»

D’après la version du leader lyonnais, des négociations ont alors lieu par personnes interposées, pendant une quinzaine de minutes. Un compromis est trouvé ; deux jeunes femmes, militantes des associations créées, interviennent pour les présenter en lieu et place de Chaambi. «J’ai téléphoné à ce moment-là au président d’une association musulmane pour faire part de mon mécontentement», précise ce dernier.

Quels sont ses soutiens internationaux ?

Une dizaine de jours avant sa garde à vue, Tariq Ramadan a lancé discrètement sa contre-offensive afin de mobiliser ses réseaux. A Paris, sa garde rapprochée a organisé le 20 janvier une réunion pour lancer un nouveau mouvement international appelé «Résistance et alternative».

L’objectif affiché est de contrer, selon le communiqué officiel, la «campagne de diffamation à l’encontre de Tariq Ramadan» et de reprendre «toute la pensée qu’il défend depuis trente ans». Parmi les initiateurs de ce mouvement se trouvent les fidèles des fidèles : Yamin Makri, responsable des éditions Tawhid à Lyon, Fethallah Otmani, l’un des dirigeants d’AVS (un organisme de contrôle de la filière halal), Yassine Djemal, le président de l’Union des jeunes musulmans (UJM), ou encore Siham Andalouci, qui fut longtemps l’assistante du prédicateur.

D’après les informations diffusées sur les réseaux sociaux, la réunion a rassemblé plus de 150 personnes venues d’une trentaine de pays. «C’est un comité de soutien qui ne dit pas son nom», estime la rédactrice en chef du site communautaire d’informations SaphirNews, Hanan ben Rhouma. Leur campagne a déjà débuté. «Tariq Ramadan est un prisonnier politique», clame depuis lundi, sur sa page Facebook, Résistance et alternative.

Depuis le début de cette affaire, il n’y a guère de manifestations publiques de soutien en provenance des organisations musulmanes en Europe, mais le théologien peut mobiliser bien au-delà, conférencier globe-trotter disposant de deux passeports, suisse et égyptien. Ces derniers mois, Ramadan est intervenu dans près d’une quinzaine de pays (Argentine, Etats-Unis, Danemark, Côte-d’Ivoire, Allemagne, Suisse, France, Turquie…), le plus souvent invité par des organisations musulmanes, des universités ou des associations qui gravitent dans son orbite.

L’EMN (European Muslim Network) a ainsi organisé, à la mi-septembre, une rencontre à Francfort. Fin décembre, Ramadan s’est rendu en Russie (où il a dialogué avec le grand mufti) et en Inde, destinations dont il n’était pas très familier jusqu’à présent.

Tariq Ramadan a surtout développé en l’espace d’une vingtaine d’années un très conséquent réseau international, multipliant les conférences et les déplacements. A Bruxelles, il peut ainsi compter sur l’EMN, think tank qu’il a contribué à créer. Au Qatar, soutenu par la mère de l’actuel émir, le prédicateur dirige le Cile (Center for Islamic Legislation and Ethics). Selon des informations de l’hebdomadaire le Point, l’émirat aurait toutefois pris très récemment ses distances.

Bernadette Sauvaget , Julie Brafman - Libération.fr

Erdogan chez le Pape, 3500 policiers déployés

 Une vaste zone du centre de Rome a été déclarée interdite aux manifestants pendant vingt-quatre heures, de l'arrivée dimanche soir du président Erdogan jusqu'à son départ lundi soir.

Le pape reçoit lundi Recep Tayyip Erdogan, première visite d'un président depuis 59 ans, programmée en pleins bombardements meurtriers en Syrie contre des Kurdes par le régime d'Ankara.

Une vaste zone du centre de Rome a été déclarée interdite aux manifestants pendant vingt-quatre heures, de l'arrivée dimanche soir du président Erdogan jusqu'à son départ lundi soir. Quelque 3.500 policiers ont été déployés.

Un sit-in de protestation avec 200 personnes à l'initiative d'une association italienne de Kurdes est néanmoins prévu lundi en fin de matinée non loin du Vatican, dans les jardins de Castel Sant'Angelo. "A Afrine, un nouveau crime contre l'Humanité est en cours", dénonce l'association.

Le pape argentin, qui n'a de cesse de marteler son horreur des guerres et des armes de destruction, ne manquera pas d'aborder l'offensive menée depuis le 20 janvier en Syrie contre la région d'Afrine, lors de la rencontre prévue à 9h30 (8h30 GMT) avec Erdogan.

Ces attaques visent officiellement à chasser de sa frontière la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), une organisation classée "terroriste" par Ankara mais alliée de Washington dans la lutte contre l'EI.

Les forces kurdes ont dénoncé notamment des supplices infligés à une jeune combattante kurde tuée, au corps atrocement mutilé.

M. Erdogan préférera sans aucun doute remercier le pape pour avoir contesté la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. "Nous sommes tous les deux pour la défense du statu quo et nous avons la volonté de le protéger", a commenté le dirigeant turc dans un entretien publié dimanche dans le journal La Stampa. Il y défend, comme François, "la solution de deux Etats".

Le pape argentin, défenseur du dialogue interreligieux, avait effectué un voyage peu chaleureux en Turquie en novembre 2014. M. Erdogan, un pieux musulman, en avait profité pour s'arc-bouter sur la dénonciation de l'"islamophobie" et invoquer une responsabilité de l'Occident dans la montée du fondamentalisme islamique.
Le pape argentin, défenseur du dialogue interreligieux, avait effectué un voyage peu chaleureux en Turquie en novembre 2014. M. Erdogan, un pieux musulman, en avait profité pour s'arc-bouter sur la dénonciation de l'"islamophobie" et invoquer une responsabilité de l'Occident dans la montée du fondamentalisme islamique.

Il avait alors dévoilé à François, chantre de la simplicité qui vit dans un deux pièces de 50 m2, son fastueux palais présidentiel d'un millier de pièces et 200.000 m2, soit un peu moins de la moitié de la superficie du Vatican.

Erdogan devrait éviter la presse

En juin 2016, lors d'un voyage en Arménie, le pape avait utilisé le mot "génocide" arménien, provoquant le courroux d'Ankara qui avait fustigé alors "une mentalité de croisade".

Le président turc s'entretiendra aussi lundi avec le président italien Sergio Mattarella et le Premier ministre Gentiloni, occasion de parler d'immigration clandestine, d'industrie de la défense ou d'adhésion à l'UE.

Dimanche, il avait rejeté dans les colonnes de La Stampa toute option autre qu'une "adhésion" de la Turquie à l'UE, balayant la proposition française d'un simple "partenariat".

"Nous désirons une pleine adhésion à l'Europe", a martelé M. Erdogan, en rappelant le rôle clef joué par la Turquie sur la question des flux migratoires arrivant du Moyen-Orient vers l'Europe.

M. Erdogan n'exclut pas une action conjointe italo-turque en Libye, actuellement étudiée au sein d'un groupe de travail.

Aucune rencontre avec la presse n'a été annoncée lundi. Erdogan avait été vivement critiqué début janvier à Paris pour s'en être pris à un journaliste français l'interrogeant sur la livraison supposée d'armes par Ankara au groupe Etat islamique en 2014.

La Turquie occupe la 155e place sur 180 au classement de la liberté de la presse établi par l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

La visite de M. Erdogan à Paris avait été la plus importante dans un pays de l'UE depuis le putsch manqué de 2016 et la répression qui l'a suivi. Plus de 140.000 personnes ont été limogées ou suspendues et plus de 55.000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants pro-kurdes, accusés de propagande "terroriste" ou de collusion avec les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen.

Recep Tayyip Erdogan doit enfin rencontrer lundi des patrons de grandes compagnies italiennes, contacts qu'il espère "profitables".

Paris et Ankara, tous deux membres de l'Otan, avaient signé en janvier un contrat d'étude dans la défense aérienne et antimissile impliquant le consortium franco-italien Eurosam.

 Cité du Vatican (AFP)

Le pape appelle les Cubains à s'engager auprès des plus démunis

Au lendemain de son arrivée à Cuba, le pape François a célébré la messe au cœur de La Havane, devant des milliers de fidèles. Il a invité les catholiques de l’île à servir leurs frères plus que les idéologies.

Comme Jean-Paul II et Benoît XVI avant lui, le pape François a célébré la messe sur l’emblématique Plaza de la Revolución dominée par les portraits géants des révolutionnaires Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegose.

Devant le président Raul Castro, le chef de l’Eglise catholique a insisté pour dire que
« l’importance d’un peuple, d’une nation, d’une personne se fonde toujours sur la façon dont elle sert la fragilité de ses frères ». Dans ce pays majoritairement catholique mais où la pratique est peu répandue, il a alors invité les fidèles à servir les « personnes en chair et en os » plutôt que les idéologies.

Une foule importante sur la place


Au milieu de la foule, beaucoup de ceux qui agitaient des petits drapeaux aux couleurs du Vatican et de Cuba, semblaient être venus sur recommandation. Quelques banderoles, en revanche, invitaient l’île castriste à plus d’ouverture politique et évangélique : « La vérité vous rendra libres », pouvait-on lire sur un calicot, ou encore ce souhait : « Que Cuba s’ouvre à tous les Cubains ».

Depuis La Havane, le pape a également lancé un appel pour la réussite des négociations en cours entre le gouvernement colombien et les FARC, avec l’appui de Cuba. Le pape a ainsi souhaité que soit scellée une « réconciliation définitive » et déploré « le sang versé par des milliers d’innocents durant de nombreuses décennies de conflit armé ».

Diplomatie papale

Le pape n’est pas venu à Cuba pour mettre en difficulté un régime inquiet pour son avenir et qui a besoin de l’Eglise pour appuyer ses réformes économiques, analyse notre envoyée spéciale Geneviève Delrue. Deux mois et demi après le rétablissement des relations diplomatiques entre La Havane et Washington, le pape François vient au contraire soutenir un processus d’ouverture dont il a dit en arrivant à Cuba qu’il était la victoire de la culture du dialogue sur celle de la confrontation.

En demandant au président Raul Castro à l’aéroport de saluer son frère et en allant rendre une visite privée au vieux « Lider Maximo », Fidel Castro, le pape François poursuit cette diplomatie de la courtoisie et du dialogue dont il a prouvé récemment l’efficacité dans la réconciliation diplomatique américano-cubaine et qui lui vaut auprès du peuple cubain sa grande popularité.

Entretien avec Fidel Castro

Le pape François a rencontré ce dimanche l'ancien président cubain Fidel Castro à son domicile de La Havane, a annoncé à la presse le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi. L'entretien, de 30 à 40 minutes, s'est tenu à la mi-journée « dans une ambiance très familière et informelle » en présence de l'épouse du lider maximo Dalia Soto del Valle et d'une délégation réduite du Saint-Siège, a précisé le père Lombardi.

Fidel Castro avait rencontré une première fois le pape Jean Paul II au Vatican en 1996, puis à trois reprises lors de la visite de ce dernier à Cuba en 1998, et il avait été reçu en mars 2012 par le pape Benoît XVI à la nonciature de La Havane. Cette fois, le pape François a pris la peine de se rendre dans l'ouest de La Havane, au domicile du fondateur de la révolution cubaine âgé de 89 ans et retiré du pouvoir depuis 2006 pour raisons de santé.

Au cours de l'entretien, les deux hommes ont abordé divers thèmes tels que l'environnement, et François a offert quatre livres à Fidel Castro, dont deux de théologie. En retour, le père de la révolution cubaine lui a dédicacé son livre d'entretiens avec le théologien de la libération brésilien Frei Betto Fidel et la religion, terminant par ces mots : « avec admiration et respect du peuple cubain ». Le pape François poursuit ce lundi son voyage à Cuba et quitte La Havane pour Holguin. Il rejoindra dans la soirée la ville de Santiago, à l’est de l’île.

rfi

Le pape François rend un hommage chaleureux à Fidel Castro

Dès son arrivée, samedi soir à Cuba, le pape a cité le rapprochement entre Cuba et les Etats-Unis où il est attendu mercredi, comme un «exemple» de dialogue à suivre pour lutter contre «la guerre», cause de la «vague migratoire».

À peine le pape François a-t-il posé, samedi soir (22 heures européenne) le pied sur l'île de Cuba qu'il a tenu à rendre hommage à Fidel Castro. A Raul, le frère qui l'accueillait en tant que
président, il a demandé - dès les premiers mots de son discours - de «transmettre mes sentiments de spécial considération et de respect à votre frère Fidel». Comme Jean-Paul II le fit en 1998 et Benoît XVI en 2012, le pape argentin devrait rencontrer, à titre privé, ce dimanche, cette figure historique de l'aventure Cubaine, aujourd'hui âgée de 89 ans.
Le souverain pontif a été accueilli par Raul Castro.

En attendant, la première journée du dixième voyage de François hors d'Italie, dimanche, est dense. Avant de rencontrer les jeunes cubains, en fin d'après- midi (il sera 1h30 du matin heure de Paris quand le pape ira se coucher) François priera les vêpres dans la magnifique cathédrale baroque de la vieille ville de Cuba, construite par des Jésuites en 1748 et adressera aux prêtres, religieux et religieuses, une méditation attendue, en particulier sur la liberté de religion.
Dans son discours d'arrivée, samedi soir, François a certes noté les «liens de coopérations et d'amitié» aujourd'hui entretenus entre l'Eglise et le gouvernement qu'il rencontre ce dimanche après-midi au Palais de la Révolution mais il a demandé un «renouvellement» de cette coopération «pour accompagner et encourager le peuple cubain» dans «ses préoccupations» mais avec «la liberté, les moyens, les espaces nécessaires pour que l'annonce du Royaume [donc l'annonce de l'Evangile , ndlr.] puisse atteindre les périphéries existentielles de la société.»

Une façon pour François de demander davantage de liberté religieuse - même si l'étau marxiste se desserre sur ce plan au fil des années - et de pointer la misère humaine qui gangrène cette île avec une explosion de la prostitution qui permet à beaucoup de… familles de survivre. Le salaire moyen oscille entre 15 et 20 euros, l'accès à la viande et aux meilleurs fruits de mer, est réservé au tourisme, dont l'industrie et les revenus sont dans les seules mains du régime même si la libéralisation toute relative et récente de l'économie, permet une amère subsistance du petit peuple.

François, jusqu'à mardi où il quittera Cuba pour se rendre aux Etats-Unis, aura donc l'occasion de revenir sur cette question sociale, l'un de ses chevaux de bataille, en particulier à Holguin et à Santiago au sud est de l'île où il ira mardi pour prier devant la célèbre «Vierge du cuivre», sainte patronne du pays. Citant José Marti dans son discours d'arrivée - poète et journaliste cubain (1853-1895) chantre de lutte de libération de l'île contre les Espagnols, mort au combat - François a insisté sur «la vocation naturelle» de Cuba qu'il voit comme une «clé» géographique et géopolitique dans la région et surtout comme un «point de rencontre où tous les peuples se retrouvent dans l'amitié».
«Le monde est assoiffé de paix»

Avant de célébrer, ce dimanche matin sur la grande place de la Révolution «José Marti» au cœur de La Havane, une immense messe en plein air, le pape a donc pu, en conclusion de son mot d'arrivée, se féliciter «d'un événement qui nous remplit d'Espérance: le processus de normalisation des relations entre deux peuples, après des années d'éloignement». En l'occurrence, Cuba et les Etats-Unis, une réconciliation où il a joué un rôle dans la toute dernière phase.

«C'est un signe!» a lancé le pape. «Il montre que la culture de la rencontre, du dialogue» marqueur de son propre pontificat «prévaut sur le ‘système de dynastie mort pour toujours'», il citait à nouveau ici le révolutionnaire Marti.
De ce rapprochement entre les deux ennemis d'hier, le pape François veut donc faire, lors de ce voyage qui va le conduire aussi aux Etats-Unis «un exemple de réconciliation pour le monde entier» encourageant tous les responsables à travailler selon cette méthode qui a un haut «potentiel» assure-t-il, «pour la paix et le bien être des peuples».

Car «le monde est assoiffé de paix» a lancé François, légèrement amaigri mais bien reposé, comme un cri du cœur. C'était dans l'avion, devant les journalistes, lors du trajet entre Rome et La Havane. Il leur a fait part d'une forte «émotion»: il a raconté qu'en quittant le Saint-Siège, samedi matin, il a pu saluer la famille de «réfugiés Syriens» qui vient d'être accueillie dans un appartement du Vatican. «On voyait leur visage de douleur» a confié le pape. «Il faut donc construire des petits ponts de paix, les uns après les autres» pour réussir à «construire le grand pont de la paix» contre «la guerre» qui sème «la mort» et provoque cette «vague migratoire».

Improvisant pour finir François a repris le thème de la Troisième Guerre mondiale: «Le monde nécessite une réconciliation dans cette troisième guerre mondiale que nous vivons pas étape».

Le figaro.fr

Arabie Saoudite: accident de grue meurtrier sur la Grande Mosquée

Au moins 107 personnes ont été tuées et 238 blessées vendredi 11 septembre lorsqu'une grue s'est effondrée sur la Grande Mosquée de La Mecque, dans l'ouest de l'Arabie saoudite. Un drame qui survient à une dizaine de jours du grand pèlerinage des musulmans.

Ce drame survient alors que des travaux pharaoniques sont en cours à La Mecque pour agrandir entre autres la surface de la Grande Mosquée.
Surface qui devrait doubler pour accueillir près de deux millions de pèlerins supplémentaires d’ici cinq ans.

La Grande mosquée est habituellement bondée le vendredi, jour de prières chez les musulmans. D’après la défense civile saoudienne, l'accident a été provoqué par de mauvaises conditions météo. Des vents violents et de fortes pluies balaient la région depuis quelques jours. La foudre aurait frappé la grue, qui s’est ensuite effondrée sur la Grande Mosquée.

Il faut savoir que 800 000 pèlerins venus du monde entier sont déjà arrivés à La Mecque pour y effectuer le grand pèlerinage, qui débute dans une dizaine de jours. Quatre millions de fidèles sont attendus. L'an dernier, les autorités saoudiennes avaient limité le nombre de personnes autorisées à faire le Hadj, pour des raisons de sécurité et en raison du chantier titanesque engagé sur l'esplanade.

Près de la Grande Mosquée, le plus grand hôtel du monde, d'une capacité de 10 000 chambres, est aussi en construction. Il ouvrira ses portes en 2020. Les défenseurs du patrimoine, qui surnomment péjorativement La Mecque « le Las Vegas », sont en colère. Ils dénoncent ces forêts de grues qui défigurent le site, ces travaux pharaoniques qui détruisent des vieux quartiers. Cet accident dramatique pourrait relancer les débats.

rfi
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