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 Après plusieurs années d'instruction, l'audition de plus de 110 témoins et 6 mois d'audience, le verdict est tombé dans le procès sur l'assassinat de Thomas Sankara, tué avec 12 de ses compagnons lors d'un coup d'État en 1987. L'ancien président du Burkina Faso, qui lui a succédé, Blaise Compaoré, a ainsi été condamné ce mercredi 6 avril, par contumace, à la prison à perpétuité. Le tribunal militaire de Ouagadougou a également condamné à la perpétuité le commandant de sa garde, Hyacinthe Kafando, et le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l'armée lors du putsch de 1987.

Les trois hommes sont condamnés pour « attentat à la sûreté de l'État ». Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont également reconnus coupables de « complicité d'assassinat » et Hyacinthe Kafando, soupçonné d'avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara, d'« assassinat ». Huit autres accusés sont condamnés à des peines allant de trois ans à vingt ans de prison. Trois accusés, enfin, ont été acquittés.

 Des révélations sur un complot international

Les juges sont allés au-delà des réquisitions du Parquet militaire qui avait demandé trente ans de prison pour MM. Compaoré et Kafando et vingt ans pour M. Diendéré.

Mais Blaise Compaoré, soupçonné d'avoir été le commanditaire de l'assassinat de son ancien compagnon d'armes et ami ? ce qu'il a toujours nié ?, a été chassé du pouvoir en 2014 par la rue et vit depuis en Côte d'Ivoire. Quant à Hyacinthe Kafando, ancien commandant de la garde de M. Compaoré, il est en fuite depuis 2016. Les deux hommes étaient les grands absents de ce procès qui a débuté il y a six mois.

Ce qui n'a pas empêché de voir éclater d'importantes révélations. Comme lorsque d'anciens collaborateurs du président tué ont levé le voile sur les relations tendues entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara, et sur l'existence d'un « complot international » ourdi contre un leadeur progressiste qui voulait bouleverser l'ordre du monde et éradiquer la pauvreté dans son pays. « Le drame du 15 octobre 1987 est arrivé sous la pression de certains chefs d'État, tels que Félix Houphouët-Boigny de la Côte d'Ivoire », a témoigné Abdoul Salam Kaboré, ministre des Sports de Sankara.

Entendu en visioconférence depuis la France, ancienne puissance coloniale au Burkina, Moussa Diallo, aide de camp du président assassiné, assure que les événements d'octobre 1987 « ont été prémédités » et que le président Houphouët Boigny, grand ami de la France, était « au centre de ce complot ». Houphouët Boigny avait dit à Thomas Sankara : « Il faut que vous changiez. Si vous ne changez pas, nous allons vous changer », a pour sa part témoigné Serge Théophile Balima, ancien directeur de la télévision burkinabée.

La soif de pouvoir de Blaise Compaoré

« Blaise Compaoré voulait le pouvoir. C'est la création d'un parti politique unique qui a mis le feu aux poudres », car Compaoré « ne voulait pas de l'unification des organisations du Comité national de la révolution (CNR) » qui dirige alors le pays, a déclaré pendant l'enquête Valère Somé, politologue burkinabé dont la déposition a été lue au procès.

Et, selon un commandant militaire, Blaise Sanou, « celui qui était accro au pouvoir, c'était Blaise Compaoré ». « C'est également à cause (de cette soif) du pouvoir qu'il a voulu modifier la Constitution après vingt-sept ans de règne », ce qui a provoqué sa chute en 2014. 

Suspens

Le procès a également connu des soubresauts, il a été interrompu à plusieurs reprises : une première fois au lendemain du putsch, puis le 31 janvier, « jusqu'au rétablissement de la Constitution », mise en sommeil lors du coup d'État puis rétablie par la junte au pouvoir, permettant sa reprise.

Mais de nouvelles interruptions sont intervenues, dont une à la suite de la prestation de serment de M. Damiba devant le Conseil constitutionnel, le 16 février. La défense a alors introduit une requête en soulignant qu'on demandait des condamnations pour « attentat à la sûreté de l'État » alors que le putsch du lieutenant-colonel Damiba, validé par le Conseil constitutionnel, constituait en lui-même un « attentat à la sûreté de l'État ».

Cela « consacre la prise de pouvoir par la force comme un mode constitutionnel de dévolution du pouvoir », avaient soutenu les avocats de la défense. Un argument « non fondé » rejeté par le Conseil constitutionnel, permettant la reprise du procès.

 Sankara, le père de la révolution burkinabée

Finalement, ce mercredi, le verdict a été accueilli par des applaudissements dans la salle du tribunal, selon un journaliste de l'AFP. Il met fin à un procès-fleuve de six mois qui s'était ouvert 34 ans après la mort de Thomas Sankara, icône panafricaine, toujours aussi populaire et emblématique. Né le 21 décembre 1949 à Yako (nord), Thomas Sankara, élevé dans une famille chrétienne et dont le père était un ancien combattant, a 12 ans au moment de la décolonisation.

Après l'obtention de son baccalauréat à Ouagadougou, il suit une formation militaire à l'étranger, notamment à Madagascar où il assiste en 1972 à l'insurrection qui renverse le président Philibert Tsiranana, considéré comme inféodé à la France, ex-puissance coloniale.

À son retour, en 1973, dans son pays, qui s'appelle alors la Haute-Volta, il est affecté à la formation des jeunes recrues et se fait remarquer lors d'un conflit avec le Mali, en 1974-1975.

Après un coup d'État en novembre 1980, le nouveau chef de l'État, le colonel Saye Zerbo, lui confie le poste de secrétaire d'État à l'Information. Mais ses idées progressistes lui font claquer la porte du gouvernement un an et demi plus tard.

Il revient à la faveur d'un autre putsch et est nommé Premier ministre, en janvier 1983. Une sourde lutte pour le pouvoir s'engage alors entre militaires.

D'abord arrêté en mai 1983, il ressurgit en août, cette fois pour de bon, à la suite d'un nouveau coup d'État mené par son ami intime, le capitaine Blaise Compaoré. Âgé de 33 ans, Sankara symbolise l'Afrique de la jeunesse et de l'intégrité. Il rebaptise d'ailleurs son pays Burkina Faso, le « pays des hommes intègres ».

D'allure sportive et élancée, souriant et charmeur, le jeune dirigeant est toujours vêtu d'un treillis, portant à la ceinture un pistolet à crosse de nacre offert par le dirigeant nord-coréen Kim Il-sung. Vivant modestement avec sa femme et ses deux fils dans un palais présidentiel délabré, il n'a pour tout bien que sa guitare et une Renault 5 d'occasion, petit véhicule qu'il impose comme voiture de fonction à tous les membres de son gouvernement habitués aux luxueuses berlines.

Ses priorités : dégraissage d'une fonction publique « pléthorique », amélioration de la situation sanitaire, désenclavement des campagnes, éducation, promotion de la femme, politique en faveur des paysans. Cette politique volontariste est menée d'une main de fer. « Il faut décoloniser les mentalités » clamait-il.

La population est surveillée par les Comités de défense de la révolution (CDR) et sanctionnée par les Tribunaux populaires de la révolution (TPR). Il brise une grève des instituteurs en les licenciant et l'opposition syndicale et politique est réprimée.

Ses relations avec l'ex-puissance coloniale française et plusieurs pays voisins, dont la Côte d'Ivoire de Félix Houphouët-Boigny et le Togo de Gnassingbé Eyadéma, sont tendues. Ses prises de position, ses liens avec la Libye de Mouammar Kadhafi et le Ghana de Jerry Rawlings inquiètent. Au président français François Mitterrand qui avait accueilli officiellement à Paris le rebelle angolais Jonas Savimbi et le président du régime d'apartheid sud-africain Pieter Botha il donne une leçon de droits de l'homme, lors d'une visite à Ouagadougou en 1986. « Il va plus loin qu'il ne faut, à mon avis », rétorque Mitterrand. Sankara appelle l'Afrique à ne pas payer sa dette aux pays occidentaux, dénonce devant l'ONU les guerres « impérialistes », l'apartheid, la pauvreté, défend le droit des Palestiniens à l'autodétermination.

La parenthèse sankariste sera de courte durée : le 15 octobre 1987, alors qu'il se rend à un conseil des ministres extraordinaire, il est assassiné lors d'un putsch qui laisse Blaise Compaoré seul au pouvoir. Il n'avait que 37 ans.

Le Point Afrique

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